Se faire soigner à l’étranger, vendre ses biens, s’endetter ou renoncer aux soins. Pour de nombreux malgaches atteints de cancer, le parcours relève encore du combat inégal. Mais un tournant semble s’amorcer. Un projet de Centre de traitement de pointe, officialisé hier au Palais d’Ambohitsorohitra, pourrait rebattre les cartes.
Un accord stratégique. Le Gouvernement malgache, à travers le ministère de la Santé publique, a signé avec le groupe sud-africain Mpithi Holdings, la création d’un Centre spécialisé en oncologie à Antananarivo, pour permettre aux patients de se faire soigner sur place, sans être contraints à l’exil médical.
Sur le papier, le projet a de quoi séduire. Dans les faits, il devra surtout répondre à une urgence criante. Car aujourd’hui, l’absence d’infrastructures adaptées, le manque d’équipements et les contraintes financières poussent de nombreux patients à se tourner vers l’étranger. Une option réservée à une minorité.
Le coût des traitements illustre à lui seul l’ampleur des inégalités. Selon les autorités, une prise en charge peut atteindre 7.000 euros par patient, un montant inaccessible pour la majorité des ménages malgaches. Pour d’autres cas plus complexes, les dépenses peuvent grimper jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Résultat : seuls ceux qui en ont les moyens peuvent espérer se soigner correctement.
Un projet ambitieux
Le futur Centre se veut à la hauteur des enjeux. Equipements de pointe, imagerie médicale (IRM), radiothérapie : l’infrastructure annoncée entend répondre aux standards internationaux. Mais au-delà de la technologie, c’est toute une chaîne de prise en charge qui est envisagée, du dépistage au suivi des patients. « L’objectif est clair. Il s’agit offrir des soins de qualité, accessibles, et proches des familles », a souligné le Président de la Refondation de la République de Madagascar (PRRM), Michaël Randrianirina.
Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation du système de santé, avec l’ambition de réduire la dépendance aux soins à l’étranger. Chaque année, des sommes importantes quittent le pays pour financer des traitements hors frontières, alors que l’offre locale reste limitée.
Fruit d’une coopération entre Madagascar et l’Afrique du Sud, cette initiative marque une volonté politique de changer d’échelle dans la lutte contre le cancer. Reste désormais à concrétiser cette ambition sur le terrain. Car au-delà des annonces, le défi est de taille : garantir l’accès réel aux soins pour tous, assurer la pérennité des équipements et former les ressources humaines nécessaires. Pour des milliers de patients, l’enjeu est vital. Et la question demeure : ce projet mettra-t-il réellement fin à l’exil médical, ou ne sera-t-il qu’un premier pas dans un long combat ?
Fahranarison




