Lanto Ratsida: les réseaux sociaux peuvent provoquer une dépendance

Selon l’avis du sociologue Lanto Ratsida, les réseaux sociaux peuvent créer une forte dépendance, surtout pour les jeunes, entraînant des conséquences négatives sur leur vie quotidienne, tant sociale, professionnelle que scolaire.

* Les Nouvelles : Pour­quoi on de­vient accro aux réseaux sociaux, en particulier pour les jeunes ?
– Lanto Ratsida : Les réseaux sociaux peuvent développer une forte dépen­dance parce qu’ils mobilisent des mécanismes psy­cho­lo­gi­ques proches de ceux observés dans les addictions. Le cerveau humain fonctionne selon un système
de récompense: chaque notification,
« like » ou commentaire active par exemple des circuits neurochimiques liés au plaisir et à la gratification. Cette logique encourage la répétition du comportement, dans une recherche quasi automatique de stimulation positive. Dans ce sens, ce n’est pas l’objet « réseau social »
en lui-même qui est problématique, mais sa capacité à capter et à renforcer un besoin humain fondamental: celui d’être reconnu et valorisé.

* Quelles sont ainsi les conséquences de ce phénomène ?
– Un trouble comportemental dont les jeunes en sont particulièrement con­cernés. Cela se caractérise par une utilisation excessive, compulsive et incontrôlée, entraînant des conséquences négatives sur leur vie quotidienne: sociale, professionnelle et surtout scolaire. C’est pourquoi certains spécialistes recommandent d’éviter une exposition précoce et ex­cessive aux écrans, notamment avant
6 ans, car les mécanismes de régulation de l’attention et des émotions ne sont pas encore suffisamment stabilisés.

* A part le fait de limiter l’accès aux réseaux sociaux avant un certain âge, que faut-il donc faire face à cette situation ?
– Face à cette situation, il est nécessaire d’agir à deux niveaux complémentaires. D’une part, il s’agit de réorienter les sources de récompense psychologique des jeunes vers des activités plus structurantes et durables: engagement social, sport, apprentissages, relations familiales et communautaires, qui permettent de reconstruire une satisfaction moins immédiate mais plus stable. D’autre part, il faut renforcer la sensibilisation, non seulement auprès des jeunes, mais aussi à l’échelle de la société dans son ensemble, en commençant par l’entourage proche. Comme la réflexion collective sur les effets des nouvelles technologies reste encore insuffisante dans le contexte malgache, les institutions publiques, les organisations non gouvernementales, les établissements scolaires ainsi que les églises devraient jouer un rôle plus actif dans l’encadrement et la compréhension de ces transformations. Il devient donc essentiel de passer d’une logique de gestion de crise à une véritable culture de prévention et d’éducation critique au numérique, afin de mieux accompagner les mutations actuelles.

Propos recueillis par Sera R.

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