Tentative de vindicte populaire à Vohémar: une foule en furie incendie le Commissariat de police

Après-midi mouvementé, hier à Vohémar. Une foule en furie s’est rendue au commissariat de Sécurité publique (CSP) local pour réclamer la tête d’un présumé assassin. Cependant, la police a déjà envoyé le concerné à Sambava avant-hier, pour éviter justement une éventuelle vindicte populaire. Frustrée de ne pas avoir pu faire justice elle-même, la foule s’en est alors prise au bureau du commissariat.

Les agents sur place n’ont rien pu faire, même si des éléments de la gendarmerie sont venus leur leur prêter main forte. Les forces de l’ordre ont laissé la foule se déchaîner, incendiant trois bâtiments du CSP Vohémar. Les policiers ont pris la fuite pour sauver leur peau, certains s’étant évanouis à cause du choc. Quoi qu’il en soit, aucune victime n’est à déplorer, mais tous les meubles, équipements et dossiers à l’intérieur du bureau sont partis en fumée.
Face à la situation, le ministère de la Sécurité publique (MSP) a sorti un communiqué hier en début de soirée, pour mettre les points sur les « i ». Selon ses dires, les discussions entre la population et les responsables à tous les niveaux à Vohémar sont en cours afin de rétablir l’ordre. « Le ministère et la police nationale promettent à la population qu’ils ne ménagent pas leur peine pour mettre en place un ordre et une sécurité pérennes, tout en appliquant la loi à ceux qui l’enfreignent », a-t-on communiqué.
Un bike-jacking a déclenché ce trouble. Dans la nuit de lundi, un conducteur de taxi-moto officiant à Ampondra Vohémar, a lavé son deux-roues à Manambery après avoir vaqué à ses occupations quotidiennes. Des malfrats l’ont pris à partie pour s’emparer de sa moto. Grièvement blessé, il n’a pas survécu malgré son évacuation d’urgence à l’hôpital de Vohémar. Le fokonolona et la police nationale ont immédiatement mené les recherches des assaillants, à l’issue desquels, un suspect a été capturé à Akirikirika, la nuit-même des faits. Le butin a également été retrouvé, selon une source policière.

Un fait presque similaire à Antsirabe
« Une enquête est en cours et le suspect sera déféré incessamment au parquet », a indiqué le MSP dans son communiqué. En tout cas, ce déchaînement du fokonolona illustre parfaitement les dires de Gustave Le Bon dans son livre intitulé « Psychologie des foules » (1895), selon lesquels, « Les crimes des foules ont généralement pour mobile une suggestion puissante, et les individus qui y ont pris part sont persuadés ensuite qu’ils ont obéi à un devoir, ce qui n’est pas du tout le cas du criminel ordinaire ».
Quoi qu’il en soit, rien n’excuse la destruction des biens publics et encore moins la tentative de meurtre. Encore faut-il rappeler le cas du trio brûlé vif, dont les faits ont été filmés et diffusés sur la toile, à Tsara­honenana Sahanivotry, Antsirabe II, le 6 février. Les gendarmes n’ont pas pu empêcher la foule en furie d’appliquer la loi du talion, d’autant que l’endroit où se sont déroulés les faits, étaient une zone reculée et que les éléments des forces de l’ordre sur place étaient au nombre insuffisant.

LR

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