GFEM: Les femmes ont gagné en visibilité mais moins en accès au capital

À Madagascar, les femmes participent activement à la dynamique économique du pays. Pourtant, elles restent moins financées que les hommes. Un déséquilibre qui freine le développement de leurs activités et limite leur potentiel de croissance. Présent durant l’édition 2026 du CEO Summit, le Groupement des femmes entrepreneurs de Madagascar (GFEM) plaide pour une reconnaissance du rôle économique des femmes.

“La question de l’entrepreneuriat féminin dépasse largement le cadre social ou celui de l’inclusivité. Elle constitue un enjeu économique.” C’est le message porté par Fanja Razakaboana, présidente du GFEM, lors du CEO Summit tenu les 9 et 10 avril. À Madagascar, les femmes participent activement à l’économie. Pourtant, elles disposent d’un accès au capital nettement plus limité que les hommes. À titre d’illustration, seules trois femmes entreprennent pour quatre hommes. Elles sont également environ deux fois moins nombreuses à obtenir un prêt bancaire. Plus frappant encore, les entreprises fondées par des femmes reçoivent moins de 2 % des financements en capital-risque, souligne Fanja Razakaboana. Par ailleurs, sept entreprises féminines sur 10 dans les pays en voie de développement manquent de capital pour grandir. Ce déséquilibre a des conséquences directes : les entreprises dirigées par des femmes restent souvent moins développées.

Pourtant, l’entrepreneuriat féminin a connu une progression notable au cours des quinze dernières années. Longtemps cantonnées à des secteurs traditionnels comme l’artisanat et le textile, les femmes investissent désormais des domaines plus risqués et historiquement masculins, tels que le bâtiment, mais aussi des secteurs en pleine expansion comme les nouvelles technologies. On observe également l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs : plus jeunes, mieux formées et plus audacieuses. Elles s’imposent progressivement dans le paysage économique, avec davantage d’ambition et de visibilité. “Le vrai problème, ce n’est pas le manque de potentiel des femmes. Le vrai problème, c’est que nos systèmes économiques restent encore largement pensés par défaut pour des entreprises masculines”, regrette la présidente du GFEM. Malgré les avancées observées, les femmes continuent de gagner en visibilité et en ambition, mais beaucoup moins en accès au capital, un facteur pourtant déterminant pour leur développement.

Aucune femme ne devrait entreprendre seule
La question des actions en faveurs de l’égalité des chances suscite souvent des interrogations. Pourquoi créer des structures dédiées aux femmes, et pas aux hommes ? Pour Fanja Razakaboana, la réponse tient à la réalité spécifique que vivent les femmes dans leur parcours entrepreneurial. “Entreprendre, pour une femme, ce n’est pas seulement développer un business. Il y a tout un environnement, tout un écosystème à prendre en compte”, explique-t-elle. En effet, de nombreuses femmes doivent concilier leur activité avec d’autres responsabilités : vie de couple, maternité, rôle de compagne ou encore gestion du foyer. Autant de dimensions qui influencent directement leur capacité à entreprendre et à faire croître leur entreprise. Dans ce contexte, les structures comme le GFEM ne se limitent pas à un accompagnement technique. Elles proposent également un appui en matière de management, de leadership, mais aussi des espaces d’échange autour de problématiques communes aux femmes. L’objectif est de créer un cadre adapté permettant aux entrepreneurs de se développer pleinement, au-delà des seuls enjeux économiques.

Les groupements comme le GFEM permettent de transformer des initiatives individuelles en une véritable force collective. En favorisant le partage d’informations, de connaissances et d’expériences, ces réseaux offrent aux femmes entrepreneurs un espace pour se soutenir face à des problématiques souvent communes. “Parfois, elles rencontrent les mêmes difficultés. Elles se mettent alors autour de la table, échangent et construisent un plaidoyer commun sur le plan économique”, explique Fanja Razakaboana. Cette dynamique collective permet surtout de porter une seule voix, un levier essentiel pour peser dans les débats économiques.
La présidente du GFEM insiste sur un point central : l’entrepreneuriat féminin ne doit pas être réduit à une question sociale. “On considère souvent que les femmes entrepreneures relèvent d’un sujet social. Mais non, il s’agit d’un véritable enjeu économique”, martèle-t-elle. Engagée depuis 20 ans pour la promotion économique des femmes, elle rejette toute approche assimilée à de la simple responsabilité sociétale des entreprises (RSE). “Nous ne demandons pas de privilèges, pas du tout. Nous sommes au même niveau que les hommes entrepreneurs. En revanche, nous demandons que les règles du jeu soient pleinement équitables”, insiste Fanja Razakaboana.

Nambinina Jaozara

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