Refondation de l’Etat: le FFKM veut jouer pleinement son rôle

Présenté comme un tournant dans la Refondation de l’Etat, le processus de concertation nationale engagé par les autorités malgaches avance à pas forcés. Mais derrière l’enchaînement des rencontres sectorielles, le dialogue, dans son sens le plus fondamental, n’aurait jamais réellement commencé, si l’on en croit la déclaration du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes de Madagascar (FFKM) daté du 30 avril et publiée le 1er mai.

Officiellement, le FF­KM a obtenu du président de la Refon­dation, le 10 novembre 2025, le mandat dans l’organisation de la réconciliation nationale. Et il n’est pas absent. Il a d’ailleurs assisté à l’ouverture du processus de concertation nationale en décembre 2025 et siège au comité de pilotage réuni à Iavoloha le 22 janvier. Mais dans les faits, son rôle est cantonné à celui de faire-valoir d’un processus en quête de légitimité. Selon sa propre déclaration du 30 avril, publiée le 1er mai, le FFKM n’aurait jamais été impliqué dans la préparation des concertations. Ap­pa­remment, il n’y a jamais eu de débat de fond entre les autorités de la Refondation et le FFKM concernant la méthodologie et la démarche du processus.

4F

En réalité, les deux parties ont deux visions diamétralement opposées concernant un point crucial : celui de la réconciliation nationale. D’un côté, le FFKM insiste sur l’impératif d’intégrer la réconciliation nationale dans le processus de refondation, en rappelant constamment l’importance du « fihavanana » pour rebâtir une nation malgache. Il tire même la sonnette d’alarme face à la montée de la haine et des clivages ethniques dans un contexte social, économique et politique particulièrement difficile.
Selon le FFKM, ces tensions ne datent pas d’hier et sont même les conséquences des crises politiques postcoloniales successives. Dans cette perspective, il estime que la réconciliation devient indispensable pour un véritable apaisement avant la concertation nationale. Ainsi, il défend sa démarche basée sur le principe des 4F « la confession, la repentance, la vérité et la réconciliation » (Fiaiken-keloka, fibebahana, fahamarinana, fihavanana).
De son côté, le ministère en charge de la Refondation martèle lors du passage des membres du Panel des sages de la Sadc en janvier et février que s’il y aura ré­conciliation, celle-ci devra se faire entre le peuple et les dirigeants, plutôt qu’entre les acteurs politiques et qu’elle se déroulera dans le cadre de la concertation nationale.

Convergence de visions
Dans ce contexte, la divergence de points de vue entre le FFKM et l’Etat, bien que silencieuse, pourrait peser lourd sur l’issue du processus. Car outre les diver­gences techniques, c’est la capacité à construire un socle partagé qui est en jeu.
Le congrès annoncé du FFKM, prévu du 18 au 21 mai à Antananarivo, pourrait changer la donne, à moins que l’Etat ne réagisse avant. L’institution entend y analyser la situation nationale et réaffirmer son rôle de médiateur. Reste à savoir si cette initiative ouvrira la voie à un rapprochement ou entérinera, au contraire, un éloignement durable.
Pour l’heure, le dialogue n’est pas rompu. Mais tant que la question de la réconciliation restera sans consensus, la refondation de l’Etat risque de se heurter à une limite majeure, celle d’un processus sans véritable convergence de visions entre ses principaux acteurs.

Tivo Rasam

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