Mercredi des idées en goguette: A reculons

Il y a parfois des images qui résument à elles seules l’état d’un pays. A Antananarivo aujourd’hui, cette ima­ge pourrait être celle d’un taxi-ville vide coin­cé dans un interminable embouteillage, pendant qu’une moto zigzague entre les voitures et qu’une bicyc­lette transporte deux passagers sous le re­gard résigné des automobilistes.

Un quotidien local a rapporté hier que les taxi-villes disparaissent peu à peu de la capitale. La raison est simple, ce n’est plus rentable. Entre le prix du carburant, les em­bouteillages monstres, les longues heures perdues sur quelques kilomètres et l’usure des véhicules, le secteur s’essouffle. Lentement, si­lencieusement.

Et pendant que les taxis traditionnels reculent, d’autres avancent. Les taxi-motos et mê­me les taxi-bicyclettes gagnent du terrain à une vitesse impressionnante. Il suffit de longer Anosy, Ampefiloha, Anosibe ou encore Tanjombato pour constater le phénomène. Ils sont partout. Plus ra­pides, plus accessibles, parfois moins chers, ils séduisent une population fatiguée de perdre des heures dans les bouchons.

Le paradoxe est saisissant. Dans une capitale qui rêve de modernité, où l’on parle régulièrement de transformation urbaine, de mobilité du­rable et de développement, ce sont finalement des moyens de transport que l’on croyait appartenir au passé qui connaissent aujourd’hui leur âge d’or.

Bien sûr, ces solutions répondent à une urgence réelle. Quand les routes sont saturées, quand les travaux de réhabilitation des canaux d’évacuation paralysent encore davan­tage la circulation, chacun cherche la solution la plus rapide pour survivre au quotidien. Les citoyens ne choisissent plus forcément le con­fort, ils choisissent la rapidité.

Mais derrière cette adaptation se cache une autre réalité plus préoccupante de l’expansion continue du secteur in­formel. Car ces nouveaux acteurs du transport urbain échappent souvent aux taxes, aux rég­lementations et aux obligations qui pèsent sur les transporteurs classiques. Pendant que certains paient licences, assurances et impôts, d’autres prospèrent dans une zone grise où l’État ne gagne presque rien.

Au fond, ce phénomène dépasse largement la simple question du transport. Il raconte une ville qui s’adapte seule, sans véritable plan d’ensemble. Une ville où les citoyens inventent des solutions faute de réponses structurelles, faute de solution. Une ville qui avance, certes, mais parfois dans le mauvais sens.

Rakoto

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