Droit démocratique

Une démocratie ne se mesure pas seulement par l’existence des institutions, des lois. Elle se mesure aussi à la capacité du citoyen à comprendre ce que l’Etat lui dit. Or, lorsqu’une grande partie de la population ne maîtrise pleinement que le malgache, l’utilisation de cette langue maternelle dans l’administration, la justice et les services publics devient une question de droit démocratique.
La proposition de loi relative à la politique d’utilisation des langues et aux droits linguistiques à Madagascar arrive donc à un moment où il est nécessaire de poser une question essentielle : un citoyen peut-il réellement exercer ses droits s’il ne comprend pas la langue des documents officiels, des décisions de justice, des contrats ou des informations administratives qui le concernent directement ?
Pendant trop longtemps, le malgache est la langue nationale utilisée dans les discours, les cérémonies et les symboles, sans toujours occuper la place qui devrait lui revenir dans la vie publique. Pourtant, la langue n’est pas un simple outil de communication. Elle est le premier moyen d’accès à l’information, à la justice, au travail, à l’administration et à la citoyenneté.
Quand un citoyen reçoit un document officiel qu’il ne comprend pas pleinement, il n’est pas seulement face à un barrage linguistique. Il est placé dans une situation d’infériorité. Il dépend de l’interprétation d’un autre. Il peut signer sans comprendre, accepter sans mesurer les conséquences, obéir sans connaître ses droits. Dans ce cas, l’Etat ne protège plus suffisamment le citoyen ; il crée malgré lui une distance entre l’institution et le peuple.
C’est en cela que l’usage effectif du malgache dans les documents publics, les décisions administratives, les jugements, les contrats de travail et les espaces officiels, ne doit pas être vu comme une revendication secondaire. Il s’agit d’une exigence démocratique. Un Etat qui veut être proche de ses citoyens, doit leur parler dans une langue qu’ils comprennent. Une administration qui veut être juste doit être accessible.

Tivo Rasam

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