Helihanta Rajaonarison: l’exil de Ranavalona III en images

« Aussi bien sur les clichés pris à son insu ou dans les studios photographiques, la reine Ranavalona III ne sourit jamais. Elle était triste », d’après l’historienne Helihanta Rajaonarison. A travers ses recherches consacrées au parcours iconographique de la dernière reine de Madagascar, elle a animé, hier, une conférence à l’Alliance française d’Antananarivo (AFT).

Helihanta Rajaonari­son a fait des recherches dans les archives royales, les archives nationales, la presse coloniale ainsi que les récits de
l’époque. Cette conférence a retracé l’évolution de l’image de Ranavalona III après la chute de la monarchie.
A travers une riche présentation, Helihanta Rajao­na­rison a dévoilé le parcours iconographique de la souveraine. Jamais photographiée durant son règne, Ranava­lona III devient pourtant un sujet privilégié en photographie après son exil.
Photographies, sculptures, gravures, coupures de presse ou encore caricatures témoignent de cette fascination. «Chaque fois qu’elle pose devant l’objectif, elle donne l’impression de me­ner une vie paisible, vêtue de belles robes et de beaux accessoires. Pourtant, la réalité est tout autre. La reine déchue était triste, loin de sa terre natale et de son royaume», a expliqué l’historienne.

Des violences symboliques
Selon Helihanta Rajaona­rison, Ranavalona III est privée de ses biens dès son exil, en février 1897. Elle ne peut emporter que quelques ef­fets personnels, ses robes royales et une modeste in­demnité.
«Dépossédée de ses biens et confrontée à des difficultés financières, elle accepte de poser dans des studios photographiques pour pouvoir gagner de l’argent», a-t-elle raconté.
L’historienne présente entre autres une photographie prise à Nantes en 1910, conservée dans un album de la maison Lefèvre Utile (LU). L’image de l’ancienne souveraine est alors utilisée pour illustrer les célèbres boîtes métalliques de biscuits. Deux ans plus tard, elle pose également au studio Eugène Pirou pour la réalisation de cartes postales. «Pour une reine, ces actes constituent une véritable violence symbolique», a souligné Heli­hanta Rajaonarison.
Mais ces violences ne s’arrêtent pas là. Dès son arrivée en exil, des photographes de presse traquent la souveraine. «Ce sont des clichés pris à son insu, où l’on découvre la reine et les princesses épuisées, mal coiffées, le visage marqué par la fatigue et le corps amaigri», a regretté l’historienne. Plus bouleversantes encore sont les caricatures publiées dans plusieurs journaux français, à l’image de «Le Petit Journal et Le Rire», en 1901.
Lors de la présentation de l’historienne à l’AFT, le destin des proches de Ranava­lona III a été dévoilé, dont sa tante et ses nièces, exilées avec elle, et toutes décédées sans laisser de descendance. «Cela marque véritablement la fin de la lignée», a conclu Rajaonarison.
Cette conférence s’inscrit dans le cadre de la nouvelle exposition du Musée de la Photographie à Anjohy, intitulée «Exilées», consacrée au destin des princesses malgaches contraintes de quitter leur royaume au début de la période coloniale.

Holy Danielle

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