Processus de refondation: l’UA et l’ONU contre le boycott et l’exclusion

A l’issue de leur mission conjointe à Madagascar, l’Union africaine (UA) et les Nations unies (ONU) ont adressé un message à la fois conciliant et ferme aux autorités ainsi qu’à l’ensemble de la classe politique. Les deux institutions ont insisté sur la nécessité d’ouvrir rapidement un dialogue politique inclusif, d’engager des réformes institutionnelles consensuelles et de préparer des élections transparentes, crédibles et pacifiques.

Depuis le 13 juillet, l’ambassadeur Mohamed Idriss Fa­rah, envoyé spécial du président de la Commission de l’Union africaine, et Parfait Onanga-Anyanga, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies auprès de l’Union africaine, ont rencontré les autorités de la Refondation, les responsables des institutions de l’État, les leaders politiques, le FFKM, la société civile, les partenaires économiques, les organisations de jeunes et les femmes leaders.

Dans leur communiqué final, les deux hommes disent « prendre note avec intérêt de la volonté exprimée de conduire, dans les meilleurs délais, un dialogue politique inclusif visant à dégager un cadre politique consensuel pour l’adoption de réformes institutionnelles pouvant garantir l’organisation d’élections trans­parentes, crédibles et pacifiques ». Cela signifie un soutien prudent tout en attendant clairement des engagements traduits en actes concrets. A part les autorités et les principaux partis politiques, l’UA et l’ONU insistent particulièrement sur la participation des femmes, des jeunes, des responsables religieux, de la société civile et des acteurs économiques.

Elles attendent de ce dialogue un cadre politique consensuel pour l’adoption de réformes institutionnelles et l’organisation d’élections crédibles. Toutefois, le communiqué ne précise ni la nature des réformes, ni le calendrier des assises, ni les mécanismes garantissant une participation équitable des différentes sensibilités. Contrairement à la sortie de crise de 2009, l’UA et l’ONU laissent donc aux Malgaches le soin de définir les modalités du processus de refondation, en y intégrant la concertation nationale et les réformes institutionnelles.

L’appel s’adresse aussi directement à la classe politique. En exhortant toutes les parties à participer activement aux futures assises, Mohamed Idriss Farah et Parfait Onanga-Anyanga avertissent implicitement contre les stratégies de boycott, d’exclusion ou de blocage susceptibles de compromettre le retour à la normale.
L’UA et l’ONU expriment également leur « préoccupation face aux récents incidents sécuritaires signalés dans la capitale et dans certaines localités du pays ». Elles demandent aux autorités de renforcer la sécurité des personnes et de leurs biens, tout en respectant l’État de droit et les droits de l’homme. La population est, de son côté, invitée à privilégier les voies légales et à renoncer à toute forme de justice populaire.

Enfin, les deux institutions réaffirment leur disponibilité à accompagner Madagascar dans ses efforts d’apaisement, de stabilité et de cohésion sociale, tout en soulignant le principe d’appropriation nationale. Der­rière un discours de coopération, le communiqué constitue ainsi une pression diplomatique discrète : les autorités et les responsables politiques sont désormais attendus sur leur capacité à instaurer un dialogue réellement inclusif et à proposer une transition institutionnelle acceptée par le plus grand nombre.

Tivo Rasam

Partager sur: