Métier : A la découverte de la photographie en plein air à Analakely avec Jean Paul Rasolofomanana

Dans les années 1990, ils immortalisaient les sorties en famille dans les rues, les places publiques, les parcs ou encore les lieux touristiques de Madagascar. Le grand public les connaît sous le nom de “photographes de rue”. Appareil photo en bandoulière, ils ont longtemps occupé les lieux touristiques et les espaces publics. Vous avez peut-être encore leurs clichés dans vos albums de famille. Le métier s’essouffle aujourd’hui. La profession vieillit, la relève se fait rare et les revenus ne sont plus les mêmes. Rencontre avec Jean Paul Rasolofomanana, photographe en plein air, à Analakely, pour découvrir un métier qui tente de résister au temps.

Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Jean Paul Rasolofomanana. Jean Paul Photo pour mes pairs et mes clients. J’ai 65 ans et je suis photographe à plein temps au parvis de l’Hôtel de Ville, avenue de l’Indépendance, à Analakely, dans la capitale malgache. J’y travaille depuis 2000. Je fais partie des deux premiers photographes à nous être installés sur ce parvis au début des années 2000, après la libération du lieu, autrefois occupé par le marché du Zoma, le célèbre marché du vendredi. Mais j’ai commencé la photographie bien avant, en 1998, au jardin d’Ambohijatovo. C’était encore l’époque des appareils argentiques.

Comment êtes-vous devenu photographe ?
Jean-Paul Rasolofomanana : “La photographie, c’est une histoire de famille. J’ai appris le métier auprès de mon père, qui avait lui-même été formé dans un collège professionnel pour devenir photographe. Mais je n’ai pas de formation académique. À mon tour, j’ai fait de cette profession mon moyen de subsistance pendant près de trente ans. Au début, ce métier me permettait de vivre confortablement. Grâce à la photographie, j’ai pu payer la scolarité de mes enfants, mais aussi assurer le loyer et les dépenses de ma famille. Aujourd’hui, la réalité est tout autre. Les revenus ont fortement diminué et je n’arrive même plus à payer mon loyer avec ce métier. Malgré cela, mon attachement à la photographie reste intact. C’est aussi pour cette raison que je reste réaliste avec mes deux enfants. Je ne les pousse pas à reprendre le métier ni à suivre mes pas. Les temps ont changé et je ne voudrais pas leur imposer une profession qui ne permet plus, aujourd’hui, de vivre comme avant.

Depuis quand constatez-vous cette diminution de revenu ?
J’ai vraiment commencé à ressentir le déclin du métier avec l’essor des appareils photo personnels, puis des smartphones, vers 2012. Aujourd’hui, il m’arrive passer une journée ici sans avoir un seul client. Il est déjà midi là par exemple, je suis debout à côté de la fontaine, en face de l’Hôtel de Ville, avec mon Canon EOS 2000D autour du cou. J’étais arrivé à 9 heures et je n’avais encore photographié personne. Je connais beaucoup de journées comme celle-là. Les clients se bousculent surtout les jours de fête. Les autres jours, si j’arrive à imprimer cinq photos, c’est déjà un exploit. À Analakely, nous proposons tous des photos au format standard 10×15, réalisées et tirées à la minute, à 2 000 ariary. Les prix sont fixés entre les photographes du parvis, en fonction notamment des tarifs d’impression. Nous sommes environ 80 à travailler ici, sur le parvis de l’Hôtel de Ville. J’ai connu une époque où les choses étaient bien différentes. À mes débuts, les photos étaient encore en noir et blanc et je travaillais avec des appareils à pellicule. J’ai même inauguré ce parvis avec ce type d’appareil. À l’époque, je pouvais écouler une pellicule par jour, soit une trentaine de photos. Le dimanche, j’en utilisais deux. Les jours de fête, je pouvais aller jusqu’à vingt pellicules. Je ne me souviens plus du prix exact d’un tirage, mais je sais que la photographie me permettait de faire vivre ma famille. J’en suis à mon huitième appareil photo. En près de trente ans de métier, j’ai connu les photos en noir et blanc, le format 9×13, les appareils à pellicule, puis l’arrivée des premiers appareils photo numériques. J’ai aussi connu quatre hausses du prix des tirages. Le métier a beaucoup changé depuis mes débuts.”

Qui sont vos principaux clients aujourd’hui ?
Seuls les vacanciers et les touristes étrangers viennent nous solliciter aujourd’hui, en temps normal. Les jours de fête, c’est différent parce qu’il y a peline d’animation ici. À une époque, je pouvais compter sur une clientèle fidèle. Les familles revenaient régulièrement me solliciter pour photographier leurs mariages, leurs anniversaires ou d’autres événements familiaux. Cette fidélité s’est progressivement perdue. Aujourd’hui, je ne peux plus compter sur les mêmes clients qu’autrefois. Pour compenser la baisse d’activité, je profite aussi des grandes festivités religieuses organisées dans différentes régions de Madagascar, dont les Zaikabe ou les JMJ de l’église catholique. Je peux aussi me déplacer pendant les périodes de vacances vers les régions les plus fréquentées par les touristes et les vacanciers pour proposer mes services. Malgré la baisse de mes revenus, je n’envisage pas de ranger mon appareil photo d’aussitôt. J’ai mes raisons de continuer. C’est un métier que j’aime et que j’exerce depuis près de trente ans. Tant que je peux encore travailler, je continuerai à photographier.

Propos recueillis par
Fenitra Rarivoson

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