De la peur à la division

Ces derniers temps, les affaires de disparitions et de découvertes macabres semblaient s’être quelque peu calmées. Il faut reconnaître les efforts des autorités pour rétablir progressivement la sécurité, aussi bien dans les villes que dans les zones rurales.
Un autre constat mérite toutefois d’être souligné. Certains cas de disparition, suivis de près, relevaient de fugues ou de départs volontaires. Quelques jours après le signalement, la personne portée disparue réapparaissait. Cela ne signifie évidemment pas que tous les faits rapportés par les médias et les réseaux sociaux étaient infondés. Des disparitions et des découvertes de corps ont bien eu lieu. Mais certains faits ont été amplifiés, provoquant la panique. Les rumeurs ont aggravé la situation, certains tentant même d’exploiter cette peur à des fins politiques.
Qu’on le veuille ou non, cette période a profondément marqué la société malgache. La méfiance s’est installée partout. On hésite à parler à un inconnu, à s’approcher d’un enfant que l’on ne connaît pas, voire à toucher quelqu’un. La simple proximité avec autrui pouvait devenir source d’angoisse, alimentée par les histoires de personnes perdant connaissance après un simple contact.
Plus grave encore, des innocents ont été victimes de vindictes populaires déclenchées par des rumeurs. Certains ont échappé de peu à une foule qui voulait les brûler vifs. En quelques jours, le «fihavanana», cette solidarité si fragile et si précieuse aux Malgaches, a été sérieusement ébranlé.
A qui profite le crime ? La question mérite d’être posée lorsque la peur collective devient un instrument entre les mains de ceux qui cherchent à en tirer profit.
Aujourd’hui, un autre débat tente de s’imposer : celui de l’État unitaire ou de l’État fédéral. Ces deux modèles existent dans de nombreux pays. Mais sommes-nous réellement prêts à faire ce choix ? Chacun est libre d’y répondre. Le danger serait de voir ce débat servir de prétexte à ceux qui cherchent à diviser davantage les Malgaches.
Les modèles politiques peuvent évoluer et les structures institutionnelles être discutées. Mais encore faut-il préserver l’essentiel : ce qui nous unit. Comme le dit le proverbe malgache : « Tsy misy masiaka noho ny sakay fa rehefa ifanarana lany ihany ». Autrement dit, aucune amertume ne résiste lorsque l’on se rassemble autour d’une même volonté.
Après avoir été fragilisés par la peur et les rumeurs, ne laissons pas nos désaccords achever ce que le «fihavanana» a mis tant de temps à construire.

Rakoto

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