Hier, sur la place de la pétanque d’Ampefiloha, le Collectif des présidents de clubs et le Collectif des joueurs de Madagascar, se sont exprimés d’une seule voix. La pétanque, disent-ils, est malade, avec un mal de gouvernance de la Fédération Sport Boules Malagasy (FSBM). Le compte n’est pas bon.
L’année dernière, lors des élections fédérales, ces acteurs de terrain avaient déjà tenté d’alerter les autorités compétentes. Ils estimaient qu’un scrutin ne devait pas être partial. Constatant un climat devenu destructeur, où la liberté d’expression se transformait en hostilité et où l’esprit d’unité du sport laissait place aux attaques et aux divisions, ils avaient préféré prendre du recul.
«Comment intégrer une structure dont on conteste le fonctionnement ?» s’interrogent-ils encore.
Pour eux, la pétanque n’est ni une question de pouvoir, ni une affaire politique, ni une recherche de privilèges. Leur combat vise précisément à empêcher que la gestion de la discipline ne se transforme en activité lucrative destinée à enrichir des intérêts particuliers, grâce aux joueurs et aux revenus générés.
Les clubs, rappellent-ils, investissent continuellement sans retour financier. Seule la passion pour ce sport les motive. Lorsqu’une gestion n’est plus capable de répondre aux attentes des acteurs, qu’elle manque de transparence financière ou qu’elle adopte des décisions contraires aux intérêts des joueurs, elle est défaillante. Aujourd’hui encore, les mêmes problèmes se reproduisent. Le temps du dialogue est dépassé, place aux recours auprès des autorités.
La contestation dépasse les frontières. Membres de la diaspora et expatriés sont à l’unisson pour soutenir la démarche. Plus de 1.500 signatures ont déjà été recueillies via une pétition en ligne. Il y a une dizaine de jours, une rencontre a eu lieu avec le président Adrien. Sa proposition de rejoindre le bureau fédéral a été balayée : la démarche n’est pas motivée par la recherche de postes, mais par une volonté de changement et de développement de la discipline.
Le compte n’est pas bon
Le premier problème pointé du doigt reste la gestion financière. De sérieuses inquiétudes pèsent quant à d’éventuels détournements de fonds au sein de la trésorerie fédérale. Lors des tournées estivales de 2024, 2025 et 2026, les joueurs sélectionnés représentaient l’équipe nationale. Pourquoi, dès lors, les efforts et les gains obtenus par ces athlètes devraient-ils financer les dépenses liées à cette préparation ? Pourquoi les primes remportées durant ces compétitions serviraient-elles à couvrir les frais des tournées ? Cela revient, selon les collectifs, à une forme d’exploitation des joueurs, qui se retrouvent à financer eux-mêmes leur représentation nationale.
En 2024, à leur retour de compétitions internationales, les joueurs ont reçu des primes de l’État. Les vice-champions du monde ont perçu chacun 4 millions d’ariary. Zigle, sacré champion du monde, a reçu 5 millions supplémentaires, soit un total de 9 millions. Or, ces primes auraient été regroupées et redistribuées de telle sorte que Zigle et les trois vice-champions ne repartent finalement qu’avec 3 millions d’ariary chacun.
Le règlement intérieur de la FSBM stipule pourtant que les membres de la fédération ne sont pas rémunérés ; seuls des frais ou indemnités peuvent être accordés en cas de déplacement.
Selon les informations des collectifs, ce type de pratique se serait reproduit en 2025 et 2026. Au cours de la tournée 2025, les jeunes joueurs auraient remporté environ 38.000 euros. La FSBM aurait présenté un rapport financier indiquant avoir injecté 10.000 euros dans l’opération, somme ensuite récupérée sur les gains des joueurs, auxquels se seraient ajoutées d’autres dépenses également prélevées.
Plainte au pénal
Les collectifs annoncent aujourd’hui que leur plainte est prête à être déposée. Elle reposerait sur dix qualifications pénales prévues par la législation malgache telles l’abus de confiance aggravé, escroquerie, recel de détournement de fonds et de biens publics, extorsion de fonds et chantage, corruption passive, abus d’autorité et tentative d’extorsion de fonds, diffamation publique, dénonciation calomnieuse, manœuvres frauduleuses destinées à dissimuler la vérité, faux et usage de faux ainsi qu’usurpation de fonctions, abus de pouvoir, abus de fonctions et favoritisme. Des procédures pourraient également être engagées contre les coordinateurs internationaux de la FSBM, conformément au droit français.
Naisa





