Même si Madagascar affiche un excédent commercial avec l’Union européenne, plusieurs obstacles restent à surmonter pour permettre aux entreprises malgaches de tirer pleinement parti de ce marché. Holy Randriamifidy, directrice des Relations internationales et de l’Intégration économique au sein du ministère du commerce et de la consommation (MinCC), les a détaillés lors de la conférence-débat organisée par la Chambre de commerce et de l’industrie d’Antananarivo, le mercredi 30 septembre.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels les entreprises malgaches sont confrontées lorsqu’elles cherchent à exporter, notamment vers l’Union européenne ?
Les exportations malgaches vers l’Union européenne restent encore peu diversifiées et portent sur des produits à faible valeur ajoutée. Par ailleurs, les opérateurs économiques font face à plusieurs difficultés lorsqu’il s’agit d’exploiter pleinement les opportunités offertes par le marché européen. Le premier défi concerne l’accès à l’information commerciale : les entreprises ne disposent pas toujours des informations nécessaires sur les exigences du marché, les besoins des consommateurs ou encore les procédures à suivre pour y accéder. À cela s’ajoutent les enjeux liés à la conformité et à la traçabilité des produits. Enfin, les questions de productivité et de compétitivité restent également déterminantes pour permettre aux entreprises malgaches de mieux se positionner sur le marché européen.
De quoi une entreprise malgache a-t-elle besoin pour pouvoir réellement exporter ?
Pour pouvoir réellement exporter, une entreprise doit d’abord être capable de produire en quantité et en qualité suffisantes, tout en respectant les exigences du marché. Elle doit également maîtriser les questions de conformité et de traçabilité, mais surtout être compétitive. C’est justement entre l’ouverture du marché et la concrétisation des exportations que se situe l’ensemble des actions menées par le ministère du Commerce, afin de permettre aux opérateurs économiques de tirer pleinement parti des opportunités offertes par les marchés internationaux.
Concrètement, quelles sont les actions mises en place par le ministère du Commerce pour permettre aux entreprises malgaches de mieux profiter des opportunités offertes par les marchés internationaux ?
Notre rôle est avant tout de créer les conditions permettant aux entreprises malgaches d’être compétitives, de se conformer aux exigences des marchés et d’être connectées aux opportunités commerciales. Pour cela, notre action s’articule principalement autour de cinq axes. Le premier concerne la recherche de débouchés et l’identification des opportunités. Le ministère travaille à identifier les marchés à exploiter ainsi que les produits sur lesquels Madagascar peut se positionner et qu’il convient de soutenir.
Le deuxième axe porte sur l’information et la sensibilisation des opérateurs économiques. Il s’agit de leur faire connaître les opportunités qui s’offrent à Madagascar et les différents marchés susceptibles d’être exploités. Cela concerne notamment l’Accord de partenariat économique avec l’Union européenne, mais également les autres accords commerciaux conclus avec différents pays et régions du monde. Le troisième axe est la facilitation de l’accès aux marchés. Cela passe notamment par la mise à disposition d’informations commerciales. Le ministère dispose à cet effet du Portail d’informations commerciales de Madagascar, une plateforme destinée aux opérateurs économiques et aux usagers. Elle permet notamment de connaître les préférences commerciales dont bénéficie Madagascar, les pays partenaires avec lesquels le pays dispose d’accords, les exigences des différents marchés ainsi que les procédures à suivre pour y accéder. Le ministère travaille également à la digitalisation des procédures, afin de proposer aux opérateurs des démarches plus simples, transparentes et accessibles.
Le quatrième axe concerne la mise en relation des entreprises malgaches avec les marchés extérieurs. C’est une demande importante des opérateurs économiques : comment entrer en contact avec un fournisseur, un importateur ou un partenaire commercial ? Le ministère facilite ces connexions à travers la participation à des foires, l’organisation de missions commerciales, les rencontres B2B et les forums d’affaires. À ce titre, le nouvel accord prévoit également d’encourager les contacts directs entre le secteur privé européen et celui des pays partenaires, notamment Madagascar, à travers l’organisation de forums d’affaires.
Enfin, le cinquième axe porte sur la coordination des actions de promotion des exportations. Le ministère collabore avec les différents départements ministériels impliqués dans la promotion des exportations, mais également avec les principaux groupements du secteur privé. L’objectif est de coordonner les efforts pour renforcer les capacités des entreprises et leur permettre de mieux se positionner sur les marchés internationaux.
Quel est concrètement l’enjeu de l’APE pour les entreprises malgaches et pour l’économie du pays ?
L’APE constitue un cadre permettant de faciliter l’accès au marché européen, qui demeure le premier partenaire commercial de Madagascar. Selon les statistiques de 2025, 34% de nos exportations sont destinées à l’Union européenne. Cela montre à la fois l’importance de ce marché pour les opérateurs économiques et son poids pour l’économie malgache. Mais renforcer l’accès au marché européen ne se limite pas à l’accès tarifaire. Il faut également prendre en compte les exigences du marché en matière de qualité, de normes et de mesures sanitaires et phytosanitaires. Il faut aussi considérer la capacité productive des opérateurs économiques, leur capacité à diversifier leur offre ainsi que leur compétitivité. L’accord constitue une opportunité pour Madagascar, mais son existence ne suffit pas à elle seule à produire des résultats économiques. Il ouvre une porte, mais c’est la capacité de nos entreprises à la franchir qui permet de transformer cette opportunité en exportations concrètes.
Propos recueillis par
Nambinina Jaozara





