Freestyle !

Le football malgache ressemble aujourd’hui à une cathédrale bâtie sur des crampons. De loin, la façade brille, le maillot rassemble et les Barea font battre le cœur du pays. Mais derrière les tribunes, les fondations toussent, les murs transpirent et chaque polémique arrache une tuile au toit.

Salaires en retard, convocations controversées, équipements improvisés, querelles publiques : les dossiers explosent comme des mines sous les pas d’une sélection sommée d’avancer sans carte ni boussole. Pendant que les joueurs cherchent la lucarne, l’administration, elle, tire parfois sur ses propres poteaux.
Le dossier des rémunérations du staff est une plaie laissée ouverte sous le bandage des communiqués. On ne prépare pas une campagne internationale avec des promesses en papier mâché. On ne demande pas à un sélectionneur de bâtir une forteresse tactique pendant que son contrat flotte dans une pirogue trouée. La confiance est l’oxygène secret du vestiaire. Lorsqu’elle manque, même les poumons les plus solides finissent par brûler.
L’affaire Zacharie Boucher a ensuite transformé la maison fédérale en théâtre d’ombres. Une convocation projetée sur le mur, d’anciennes déclarations surgies des coulisses, puis un retrait en plein éclairage. Comme si l’on avait lancé le générique avant de choisir les acteurs.
Or, le maillot des Barea n’est ni un costume de secours ni un parapluie identitaire que l’on ouvre lorsque le ciel s’assombrit ailleurs. Il charrie la sueur des anciens, la poussière des terrains de quartier et les rêves d’enfants qui dribblent la faim sur la terre rouge. C’est un morceau de Madagascar cousu à même la peau.
Les problèmes d’équipement ont ajouté une scène presque surréaliste. Des internationaux envoyés au front avec une armure rafistolée au vestiaire. À ce niveau, le détail est un grain de sable capable de broyer tout un moteur. Une tenue, une prime ou un billet mal géré peut devenir le caillou qui fait dérailler le train national.
Quant aux échanges entre dirigeants et anciens internationaux, ils ressemblent à une mêlée sans ballon où chacun distribue des cartons rouges avec les mains. Pourtant, la critique ne devrait pas être bâillonnée. Elle est parfois ce miroir brutal qui montre les fissures avant l’effondrement.
Comme le disait Johan Cruyff : « Le football est simple, mais il est difficile de jouer simplement. » Gouverner exige pourtant quatre gestes : anticiper, vérifier, décider, communiquer. Le football malagasy possède le feu, mais ses gardiens jouent avec des bidons d’essence. Il possède le talent, mais l’oblige trop souvent à courir avec des pierres dans les chaussures.

La balle est dans le camp des responsables. Qu’ils cessent de chercher le coupable dans les tribunes. Le véritable adversaire est déjà dans la surface : l’improvisation.

Naisa

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