IROOA: Quand la technologie se met au service de l’agriculture

Un outil numérique pour optimiser le marché agricole. À Madagascar, où les intermédiaires captent l’essentiel de la marge sur les récoltes, la start-up IROOA propose un circuit court numérique. Sa plateforme met en relation directe quelque 600 producteurs, des coopératives agricoles et des entreprises clientes, avec cartographie en temps réel de l’offre. IROOA, c’est aussi des négociation en ligne et des conseils agronomiques fondés sur des capteurs installés dans les exploitations. Rencontre avec Mihajanirina Kanto Miray, spécialiste IoT de la jeune pousse, qui revient sur son modèle et sur ses défis. Interview.

IROOA facilite les échanges directs entre les producteurs et les entreprises qui souhaitent acheter leurs récoltes. Pouvez-vous nous présenter le concept ?
Les négociations se font directement entre les deux parties, sans aucun intermédiaire. Nous savons tous que dans ce type de circuit, ce sont généralement les intermédiaires qui accaparent l’essentiel de la marge. La plateforme ne se limite pas aux produits agricoles, elle concerne aussi la pêche et l’élevage. Nous travaillons aujourd’hui avec plus de 600 producteurs, des coopératives agricoles et des entreprises clientes.

Concrètement, comment se présente la plateforme ?
Les agriculteurs peuvent y publier leurs produits en temps réel. Ce, même avant les récoltes. Une cartographie intelligente permet aussi aux clients de voir, instantanément, où se situent les producteurs à travers Madagascar, quels produits ils proposent, à quel prix, en quelle quantité et avec quelle qualité. Nous accompagnons également les agriculteurs sur le terrain. Nous installons des capteurs permettant de mesurer en réel la situation des cultures ou des animaux, ou encore à l’utilisation des données pour améliorer la gestion de l’exploitation. Nous leur prodiguons des conseils, par exemple sur les terres les mieux adaptées à telle culture, la période idéale pour planter ou les variétés les plus pertinentes selon la zone. Il n’est pas nécessaire de publier des photos, une simple description suffit, avec les caractéristiques du produit. Un agriculteur peut même annoncer une récolte à venir, en précisant la période à laquelle elle sera disponible. Les entreprises la voient alors et peuvent la valoriser avant même qu’elle n’arrive à maturité.

Comment se déroulent les négociations ?
Producteurs et entreprises échangent et s’accordent directement sur la plateforme. Selon les termes de l’accord, l’entreprise peut venir chercher la marchandise ou au producteur de se charger de la livrer. Nous travaillons aussi avec des coopératives agricoles, qui peuvent assurer la collecte des produits.

Les produits proposés doivent-ils répondre à des critères ?
Côté producteurs, nous exigeons des produits frais, décrits avec précision, notamment en ce qui concerne le calibre. Aucun lot inférieur à 20 kg n’est non plus accepté. Côté entreprises, la plateforme est strictement réservée au B2B, et les sociétés doivent être en situation légale.
Comment faites-vous connaître la plateforme auprès des agriculteurs ?
Pour l’heure, les opérations passent, en grande partie, par les coopératives. À long terme, nous souhaitons travailler directement avec les producteurs. Les quelques agriculteurs qui travaillent directement avec nous utilisent un service de messagerie. Nous avons prévu ce service pour ceux qui n’ont pas accès à un smartphone Android.

Quels sont vos principaux défis ?
Le premier est l’accès des producteurs à la plateforme. La majorité de nos agriculteurs n’ont pas de smartphone. Ensuite, les invendus. Un client peut par exemple exprimer un besoin, un agriculteur répond qu’il peut le satisfaire, mais à la livraison, la marchandise ne correspond pas à ce qui était demandé. Le produit perd alors de sa valeur et finit par ne plus se vendre.

Fenitra Rarivoson

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