Le feuilleton Optima business se poursuit. Aujourd’hui, le secteur privé dénonce la latence entre la décision politique et les applications par l’organe technique de la Jirama. “Cela va à l’encontre de la compétitivité de l’industrie à Madagascar sur sa production lourde et les transformations”, alerte un membre de groupement.
L’objectif de la nouvelle tarification qu’est Optima business pour les entreprises est simple : redresser la situation financière de la Jirama, faire augmenter de 80% le tarif pour les entreprises et appliquer un tarif préférentiel pour les industries dites sensibles.
“Les discussions avec la Jirama et ont abouti à un accord. Au lieu de 80%, la hausse serait de 40% pour garder la compétitivité des industries, compte tenu du montant de leurs factures d’électricité, faisant partie des très gros consommateurs, ainsi que de leur activité, étant donné qu’elles sont pourvoyeuses de matériaux pour l’industrie aval, autrement dit pour les autres industriels. L’idée est de dynamiser le secteur et leur activité et qu’on ne les pénalise surtout pas (…) Cela permet aux autres industriels de bénéficier des produits tout en n’étant pas impactés que s’il n’y avait eu l’augmentation à 80%”, explique un membre de la commission infrastructure au niveau du GEM.
Lui de souligner pourtant que “Pour une raison qui nous échappe, il a fallu repasser en conseil des ministres pour valider, en avril dernier, cette décision qui valide la liste des 19 sociétés concernés par la tarification préférentielle. Nous sommes très étonnés du fait que le tarif préférentiel ne s’applique qu’aujourd’hui alors qu’il devait être effectif dès le 03 août 2022. A-t-on fait exprès de prendre autant de temps pour faire valider cette décision en conseil des ministres ? Il y a quand même eu un retard de mise en œuvre de 9 mois”.
Du reste, ce rapport du conseil des ministres de souligner que cette tarification préférentielle ne s’appliquera que pendant 12 mois.
Il y a neuf mois, le conseil des ministres a validé un tarif pour les industries sensibles et stratégiques selon certains critères, notamment qu’il faut que les activités de ces entreprises relèvent de la filature, la cimenterie, pétrochimie,… Bref, faire partie des industries lourdes ou de transformation. Et donc énergivore. Coup de théâtre il y a quelques jours quand la cimenterie Cementis a été privée d’électricité. “Le courant est revenu mercredi dernier. Il n’y a pas vraiment eu de compromis. L’entreprise a été privée d’électricité pendant quelques jours car elle n’avait pas payé la totalité de sa facture Optima, omettant d’en payer 40%. Il y a environ 15 jours, des présidents de groupement ont rencontré le président de la République qui s’est alors engagé à faire revenir le courant et c’est ce qui a été fait”, confie une source proche du dossier.
Et maintenant ?
Le secteur privé prévoit de demander la grille tarifaire car une nouvelle fois, une décision politique a été prise, au niveau du conseil des ministres mais il n’a toujours pas la grille tarifaire moyenne tension, industrie sensible, entre les mains. Il s’agit d’un document qui doit faire savoir quel est le prix à la puissance souscrite et quel est le prix en tarif jour, nuit, tarif de pointe. “Nous avons contacté la Jirama pour l’obtenir. Il faut savoirque nous comprenons très bien la situation financière de la Jirama. Nous avons maintes fois répété que la solution était dans l’avancement, sinon l’accélération des travaux menés au niveau des centrales hydroélectrique, mais on constate que ce n’est toujours pas fait. En lieu et place, on entend que la seule solution, c’est d’acheter les carburants et du fuel lourd, ce n’est pas la bonne solution et les bailleurs de fonds sont d’accord là-dessus”, poursuit notre source à la commission infrastructures du GEM.
Un exemple concret : pour le secteur tourisme, hébergement restauration, les tarifs étaient au FMBT (tarif spécial appliqué aux petites et moyennes entreprises) auparavant. Ce sont des usagers qualifiés de gros consommateurs en termes de volume de kilowattheure mais en petite intensité. “L’augmentation est entre 60 à 80%, en plus des redevances ainsi que des différentes taxes communales et autres. Dans la globalité, l’augmentation frôle les 100%”, chiffre Johann Pless, président de la Fédération des Hôteliers et Restaurateurs de Madagascar. “C’est une augmentation significative. Nous avons essayé de la limiter parce qu’au départ, la prime fixe devait être multipliée par cinq et finalement, sur certains tarifs, elle est capée par un doublement de la prime fixe appliquée auparavant. C’est une charge supplémentaire très lourde pour les opérateurs du secteur tourisme”, poursuit-il.
“C’est pareil pour la moyenne tension, c’est-à-dire que l’augmentation tourne autour des 80%. On nous a expliqué qu’il fallait faire attention à nos consommations, à notre efficacité énergétique avec nos matériels… Il est vrai que dans certaines sociétés, ils ont pu faire baisser leur abonnement de prime fixe, ce qui a permis de limiter l’augmentation. Honnêtement, c’est assez compliqué, car dans notre structure de charge, la facture de la Jirama constitue environ entre à 7 à 12% de nos charges. Et actuellement, c’est entre 14 et 24 %”, expose le président de la Fhorm. Et à lui de continuer que ce n’est pas encore la période de relance, alors que la hausse a été appliquée rapidement dans tous les secteurs. L’explication avancée a été que la Jirama a un coût de production et de service beaucoup plus cher que ce qu’elle vend en général. De ce fait, l’augmentation est devenue une urgence sous peine que la Jirama ne puisse plus produire de l’électricité. “Nous le comprenons bien. Mieux vaut une électricité un peu cher que pas d’électricité du tout”, se résigne Johann Pless. Malgré tout, d’après lui, ce nouveau tarif est un frein pour le développement du secteur touristique dont les services vont, par ricochet, augmenter en termes de tarifs, afin de combler ces hausses en cascade.
Tiana Ramanoelina




