La dépréciation de l’ariary et ses impacts sur l’économie malgache

Nous savons que la monnaie a toujours un rôle très important dans le fonctionnement de l’économie.

A l’heure actuelle, étant donné le degré d’ouverture internationale où les échanges internationaux s’intensifient, le rôle de la monnaie se trouve de plus en plus mis en exergue. Toute opération commerciale entre deux zones monétaires différentes implique un échange de monnaie, de devise. Le taux de change figure ainsi parmi les instruments de politique économique.

Dans le contexte de la mondialisation, la plupart des pays ouverts au reste du monde ont adopté un système de change flexible.

Madagascar figure parmi les pays qui ont appliqués le régime de change flexible par recommandation des bailleurs de fonds tels que Le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale.

Mais depuis l’entrée en régime du change flexible, la valeur de l’Ariary a connu une dégradation importante. Depuis, la situation économique n’a cessé de se dégrader. Pourtant, les économistes malgaches affirment que la dépréciation peut être bénéfique pour le pays. Cette situation suscite l’interrogation sur les éventuels impacts de cette dépréciation sur l’économie réelle du Pays.

La dépréciation par définition a deux significations :

– Selon la valeur externe de la monnaie :

Sur le plan international, la dépréciation désigne la baisse d’un cours de devises ou taux de change sur le marché des changes, le marché où se confronte l’offre et de la demande de devises et où se forme le taux de change. La monnaie nationale perd une partie de sa valeur par rapport aux devises.

– Selon la valeur interne de la monnaie :

Une dépréciation interne ou nationale désigne la perte de pouvoir d’achat de la monnaie qui trouve son origine par l’augmentation des prix. La monnaie dans ce cas a un lien avec l’inflation.

1- Les causes de la dépréciation de l’Ariary

En général, ces dépréciations sont causées par :

– Un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande de devises sur le marché interbancaire de devises ou MID. L’offre de devises n’arrive pas à combler la demande.
Les importations enregistrent globalement une hausse, qui entraîne une augmentation de la demande des devises étrangères pour les paiements. En outre, la hausse des importations est imputable aux biens de consommations courantes localement substituables.

De l’autre coté, les exportations ne parviennent pas à résorber la demande de devises.

Cette stagnation est la conséquence logique de l’absence d’une véritable politique de développement des activités exportatrices, sources de devises.

– Le secteur de la vanille en crise, le café, les crustacés, le litchi,…, les différents générateurs de devises ont rencontrés parfois des difficultés à cause de la concurrence sur le marché international.

– Du point de vue international, l’appréciation de l’euro par rapport au dollar fait déprécier l’Ariary.

– Enfin, la spéculation des opérateurs est parmi le levier qui pousse la monnaie locale à se déprécier.

Ainsi, tant que Madagascar n’arrivera pas à augmenter de manière considérable les activités génératrices de devises, les problèmes de la dépréciation monétaire persisteront toujours.

2- Les impacts de la dépréciation de l’Ariary sur l’économie Malgache

La dépréciation est censée provoquer des effets de ralentissements à court terme à cause de la hausse des prix à l’importation, des effets d’amélioration par l’augmentation de la compétitivité à moyen terme et une limitation inflationniste des effets de croissance à long terme.

Pour nous, l’impact de la dépréciation sur l’économie réelle peut être appréhendé sous différents angles notamment celui du niveau général des prix, de la compétitivité du pays, de l’attractivité des Investissements Directs Etrangers ou IDE et solde de la balance commerciale.

– L’effet de la dépréciation sur les prix :

Elle engendre une augmentation des coûts des importations. Cette dernière est source d’inflation.
En théorie, une dépréciation devrait réduire les importations. Mais comme nous avons pu observer à Madagascar, les importations ont toujours tendance à augmenter malgré la baisse du pouvoir d’achat de la monnaie. D’une part, la production nationale n’arrive pas à remplacer les importations et d’autre part, il existe une part incompressible dans les importations comme les importations de carburants… L’augmentation des coûts des produits importés après une dépréciation provoque une hausse générale des prix au sein de l’économie nationale.

– L’Effet-compétitivité :

Au niveau macro-économique, un pays est compétitif s’il accroît ses parts de marché en s’adaptant constamment à la demande nationale. On peut définir les parts de marché de façon globale comme le rapport entre les exportations d’un pays et la somme des importations mondiales. La compétitivité est donc décisive non seulement pour acquérir des parts de marché à l’exportation mais également pour attirer le capital étranger. Notre cas actuel est toujours avec des exportations faibles par rapport aux importations.

– Les impacts sur les Investissements Directs Etrangers ou IDE :

Le secteur extérieur devrait en théorie profiter la dépréciation de la monnaie locale. Ce qui nous amène à voir l’impact des dépréciations sur les investissements directs Etrangers et sur le secteur tourisme. Au niveau des IDE, la dépréciation n’a pas été le seul élément déterminant pour attirer les capitaux étrangers malgré la baisse du prix relatif des actifs réels interne (capital-travail, cout de production), et l’augmentation de la marge bénéficiaire des investisseurs (accroissant la compétitivité-prix de Madagascar) mais il y a d’autres facteurs y contribuent comme le climat des investissements, la stabilité de la situation politique, etc.…

– Les impacts sur la balance commerciale :

Théoriquement, la dépréciation de la monnaie malgache devrait améliorer la compétitivité de l’économie en stimulant les exportations. Et du fait du renchérissement du prix des importations, la quantité demandée de celui-ci devrait baisser. Ce qui va engendrer une amélioration du solde de la balance commerciale. Cependant, ce n’est pas la réalité car même âpres les périodes de dépréciations, malgré la hausse des prix à l’importation, la demande d’importation n’a jamais cessé de réagir positivement par rapport au prix. D’autre part, même l’exportation n’arrive pas à atteindre la forte accélération de l’importation. D’où la balance commerciale malgache qui est toujours déficitaire.

Pour conclure, la dépréciation de l’Ariary pourra apporter des effets bénéfiques sur l’économie malgache, car elle pourra améliorer de manière significative la compétitivité de l’économie et donner une bouffé d’oxygène aux exportations malgaches. Or, tant que le niveau des importations restera supérieur à celui des exportations, la condition minimale de la réussite de la dépréciation n’est pas encore remplie. Une dépréciation de l’Ariary actuellement ne peut permettre une amélioration de la balance commerciale.

Andriatahina Rakotoarisoa – Economiste

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