Chan 2024: les Barea filent en finale

Dans une soirée où le suspense a tenu les cœurs en haleine, les Barea de Madagascar ont gravé leur nom dans les annales du football africain. En arrachant une victoire 1-0 face aux Faucons de Jediane du Soudan, au terme d’une prolongation à couper le souffle, Madagascar s’offre sa toute première finale du Championnat d’Afrique des Nations (Chan) 2024. Réduits à dix dans la partie après un carton rouge, les Malgaches ont fait preuve d’un courage à toute épreuve pour écrire cette page d’histoire, portée par un but salvateur de Toky Rakotondraibe à la 116e minute.

Un duel au couteau ! Sous l’arbitrage exigeant de Mehrez Melki, le Stade National Benjamin Mkapa a vibré au rythme d’une demi-finale digne d’un combat de titans. Dès les premières minutes, les deux équipes ont posé leurs griffes sur le match, dans un choc où chaque ballon semblait peser une ton­ne. La première mi-temps s’est achevée sur un score vierge (0-0), reflet d’une bataille tactique où les défenses ont pris le pas sur les attaques. Les statistiques traduisent cette parité : 50.5 % de possession pour Madagascar contre 49.5 % pour le Soudan, 399 passes contre 385, et une précision presque identique (73.4 % contre 72.5 %).

Les Barea, emmenés par un Michel Ramandimbisoa impérial dans les cages, ont tenu tête aux assauts soudanais. Musa Hussien (20e) et Mazin Al Bahli (18e) ont testé le gardien malgache, mais ce dernier, tel un mur dressé face à la tempête, a tout repoussé. Côté offensif, Madagascar a tenté de percer le verrou soudanais, avec deux têtes de Fenohasina Razafimaro (33e, 40e) qui ont frôlé les montants d’Alnour Saeed, le portier adverse. Les Faucons, dominateurs dans les duels aériens (55.1 % de réussite), ont eux aussi manqué de précision, à l’image d’une tête de Walieldin Khdir trop haute (53e).

Un carton rouge qui fait vaciller les Barea

La seconde période a vu le match basculer dans une intensité dramatique. A la 79e minute, un coup dur s’abat sur Madagascar : Fenohasina Razafimaro, déjà averti (75e) pour une faute sur Mazin Simbo, écope d’un second carton jaune pour un tacle sur Mohamed Al Rashed. Le verdict est sans appel : carton rouge. Réduits à dix, les Barea doivent alors serrer les dents pour ne pas sombrer. Le Soudan, sentant l’opportunité, hausse le ton et enchaîne les corners (10 au total) et les assauts. Les tentatives de Musa Hussien (97e) et Yaser Awad (114e) mettent la défense malgache sous pression, mais Tony Randriama­nampisoa et Bono Rabea­rivelo, tels des remparts inébranlables, repoussent chaque vague adverse.
Malgré leur infériorité numérique, les Malgaches restent dans le coup, portés par un public qui pousse comme un douzième hom­me. Lalaina Rafanome­zan­tsoa, véritable poumon au milieu, orchestre le jeu avec une maîtrise impressionnante, tandis que Toky Ran­drianirina et Rado Rabe­manantsoa verrouillent les ailes. Les Barea, loin de plier, répondent par des contre-attaques audacieuses, com­me cette frappe de Tony Randriamanampisoa bien captée par Mohamed Abooja (112e).
Toky Rakotondraibe, l’éclair dans la nuit

Après 90 minutes sans but, la prolongation transforme le match en un véritable thriller. Les deux équipes, sur les rotules, jettent leurs dernières forces dans la bataille. Le Soudan, avec ses 31 centres (contre 24 pour Madagas­car), croit faire craquer les Barea, mais Michel Raman­dim­bisoa, en état de grâce, multiplie les parades décisives, notamment sur une frappe de Musa Hussien (97e) et une tête de Musab Makeen (120+2′). Les Fau­cons, malgré leur léger avantage dans les duels (53.3 % contre 46.7 %), peinent à trouver la faille.
Et puis, à la 116e minute, alors que les tirs au but semblent inévitables, Madagas­car fait basculer le destin. Sur une action limpide, Lalaina Rafanomezantsoa, tel un chef d’orchestre, délivre une passe millimétrée à Toky Rakotondraibe. L’atta­quant, entré en jeu à la 65e minute, surgit comme un éclair dans la surface et envoie une frappe du gauche dans le petit filet, laissant Mohamed Abooja, le gardien soudanais, cloué sur place (1-0). Le stade explose, Madagascar chavire, et les Faucons, sonnés, n’ont plus le temps de réagir, malgré une dernière tête de Musab Makeen hors cadre (120+2′).

Un exploit taillé dans le roc

Cette victoire, arrachée au forceps, propulse Mada­gas­car en finale du Chan 2024, une première pour une nation qui continue de surprendre l’Afrique. Malgré le carton rouge de Razafimaro, les blessures précoces (Andy Rakotondrajoa sorti dès la 4e minute après un choc) et la pression soudanaise, les Barea ont fait preuve d’un mental d’acier. Les chiffres témoignent de l’équilibre du match : 9 corners pour Madagascar contre 10 pour le Soudan, 4 tirs cadrés de chaque côté, et une précision de tir proche (28.6 % contre 26.7 %). Mais c’est dans la solidarité et l’abnégation que les Malgaches ont fait la différence. Michel ­Raman­dimbisoa, avec ses arrêts décisifs, et Lalaina Rafano­mezantsoa, métronome infatigable, ont été les artisans de cet exploit, sous la houlette d’un Romuald Rakoton­drabe qui a su garder son équipe dans le droit chemin.

Madagascar dans la cour des Grands

Ce succès marque un tournant pour le football malgache, qui s’affirme comme une force montante sur le continent. Après leur quart de finale à la Can 2019, le Bronze au Chan 2022, les Barea prouvent que leur ascension n’est pas un feu de paille. Ce Chan, réservé aux joueurs évoluant dans les championnats locaux, con­firme la richesse du football domestique malgache, souvent éclipsé par les grandes nations.

Naisa

Propos :

« Notre force réside dans l’unité. Aujourd’hui, les joueurs ont continué à y croire jusqu’au bout, et cette victoire leur appartient, ainsi qu’à Madagascar », confie Roro, la voix empreinte d’émotion mais ferme.
« C’était dur mais nous étions prêts. Et on a fait tout ce qu’il fallait pour arracher cette qualification. Pour la finale, on n’a pas de complexe. Le ballon est rond pour tout le monde », selon Toky Rakotondraibe (Buteur).

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