Et voilà, sans surprise, ce qui devait arriver arriva. Alors que le nombre de candidats cherchant un emploi à l’étranger ne cesse d’augmenter, voilà que des faussaires flairent l’aubaine. Les uns vendent de faux diplômes, les autres de faux documents d’immigration, et au milieu de cette valse de contrefaçons, ce sont les jeunes de bonne foi qui paient les pots cassés.
En effet, le Conseil de l’Ordre national des infirmiers de Madagascar a récemment tiré la sonnette d’alarme. Il semblerait que quarante faux diplômes ont été détectés au Canada. Quarante ! De quoi ébranler la réputation non seulement des intéressés mais aussi de tous ceux qui ont trimé pour avoir leurs vrais diplômes. Car ne nous y trompons pas, dans un monde où les diplômes servent de passeport professionnel, voir surgir de faux documents à l’étranger ternit l’image de l’ensemble d’une profession mais aussi du pays.
Il ne s’agit pas d’un cas isolé car presque en parallèle, la police nationale a démantelé un réseau bien huilé de faussaires spécialisés dans la fabrication de tout ce qui peut porter un tampon officiel. Cent douze faux cachets ont été saisis, couvrant des institutions aussi variées que le tribunal, le ministère des Affaires étrangères ou celui de la Santé. Les malheureux candidats à l’émigration, souvent séduits par la promesse d’un contrat de travail à l’étranger, se retrouvaient non seulement délestés de plusieurs millions d’ariary, mais aussi floués de leurs rêves d’avenir.
De ces deux histoires, un même constat, c’est que des faussaires prospèrent sur les espoirs de la jeunesse. Ce n’est pas seulement une affaire de légalité, mais aussi une question d’éthique. Que penseront les employeurs étrangers lorsqu’ils verront surgir des dossiers qui viennent de Madagascar ? La suspicion s’installera, même à l’égard des vrais diplômés, ceux qui ont veillé des nuits entières sur leurs manuels de soins infirmiers ou qui ont passé des années à l’université.
Le danger est double car, d’une part, des individus mal formés ou carrément sans formation peuvent se retrouver dans des postes sensibles, au risque de mettre en péril des vies humaines, surtout dans le domaine de la santé. D’autre part, le pays tout entier risque de se retrouver blacklisté car ses professionnels mis dans le même sac, victimes collatérales des faussaires.
En tout cas, les coups de filet récents montrent que les autorités commencent à prendre la mesure du problème et que la vigilance doit désormais être collective. Les jeunes, avant de remettre leurs économies à des intermédiaires doivent s’informer et vérifier la légalité des démarches car les faussaires ne sont jamais loin.
Rakoto




