Dans les arcanes du championnat de Régionale 1 réunionnais, un vent de changement souffle cette année 2025. Les buteurs malgaches, ces renards des surfaces autrefois rois incontestés du goal-gadget, ont curieusement déserté les sommets du classement. Assoumani Akbar, avec ses 19 pions qui claquent comme des coups de fusil, et Toufeily Bacary, talonneur à 16 unités, deux fils du terroir réunionnais, ont pris le relais en tête du peloton, reléguant les importés de la Grande Île à un rôle de spectateurs.
C’est un déclin inattendu pour ces attaquants malgaches qui, pendant des lustres, ont dominé ce seul bastion étranger où leur flair pour le cadre avait fait des ravages. Pourtant, les clubs péi, ces formations réunionnaises aux racines créoles, les avaient courtisés précisément pour ce don du but, ce sixième sens qui transforme une chevauchée en festin de filets.
Remontons le fil de la pelote, car l’histoire de ce championnat est tissée de ces éclats malgaches qui ont illuminé les saisons passées. Prenez 2021 : Houmadi Taouz, sous les couleurs de la JS Saint-Pierroise, avait planté 14 banderilles, devançant Kehi de la Tamponnaise à 12 et Tojo du Saint-Denis FC à 11. Une année où les Malgaches tissaient déjà leur toile, comme des araignées affamées guettant la proie. L’édition 2022 avait vu Jean-Michel Fontaine, un local, s’emparer du sceptre avec 16 buts pour l’AS Excelsior, mais les ombres malgaches planaient encore : Adrien Moindjie à 14 pour le Saint-Denis FC, et Jean-Pierre à 13 chez les Tamponnais.
Puis vint 2023, apogée du raz-de-marée : Angelo Andrianantenaina, ce buteur malgache au sang chaud, avait explosé les compteurs avec 23 réalisations pour l’Excelsior, éclipsant Charles Gladyson de la Jeanne d’Arc à 15 et Bacary de la JSSP à 14. L’année suivante, en 2024, Andrianantenaina remettait le couvert avec 18 pions, Gladyson suivant à 15 et Fontaine à 13, toujours dans l’Excelsior. Ces chiffres, gravés dans le marbre des tableurs de la Ligue Réunionnaise de Football, racontent une saga où les Malgaches, recrutés pour leur art de l’embuscade finale, avaient fait du R1 leur jardin potager, moissonnant les louanges et les primes au passage.
Ce basculement n’est pas qu’une anecdote de feuille de match ; il interroge l’avenir de cette osmose footballistique entre Madagascar et La Réunion, ces deux îles cousines séparées par un bras de mer, mais unies par la passion du cuir. Les clubs péi, friands de ce “sens du but” malgache, pourraient-ils regretter leur pari ? Ou bien est-ce le signe que les Réunionnais, ces crabes qui avancent de travers, mais solides comme le roc, ont appris à voler de leurs propres ailes ?
Naisa




