La qualité n’est pas toujours au rendez-vous et les importations restent massives. Le lait à Madagascar peine encore à s’imposer face à la concurrence étrangère. Chaque année, la Grande Île produit environ 100 millions de litres de lait, selon la FAO (2023), alors que la demande nationale atteint 145 millions de litres (INSTAT, 2022).
Le déficit d’environ 45.000 tonnes est comblé par des importations record : près de 83.000 tonnes de lait en poudre, de lait concentré et de produits transformés entrent sur le territoire chaque année (Union européenne, PROFI-Lait, 2023).
Une consommation encore limitée
La consommation nationale reste faible, avec seulement 7 litres de lait par habitant et par an, contre 40 litres en moyenne sur le continent africain (FAO, 2022). Dans la majorité des foyers, le lait en poudre et le lait concentré importés dominent les usages domestiques, tandis que le lait frais peine à se faire une place.
Vendu entre 3.000 et 3.500 ariary le litre, selon le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage (MAE, 2023), le lait frais reste difficilement accessible, notamment en ville. Les problèmes de collecte, de transport et de conservation entraînent souvent une baisse de qualité, ce qui décourage certains consommateurs.
Des produits locaux en quête de place
Les produits laitiers locaux, qu’il s’agisse de yaourts artisanaux, de fromages, de beurres ou de crèmes, peinent encore à rivaliser avec les marques importées, notamment européennes. Dans les supermarchés, les produits de marques internationales comme Président, Kiri, Danone ou Nestlé dominent les rayons, rendant la compétition difficile pour les producteurs locaux.
Malgré tout, une nouvelle génération d’artisans et de transformateurs tente de redonner vie à la production locale. Leurs initiatives contribuent à valoriser le lait malgache et à développer des produits transformés “Vita Malagasy” de qualité.
Une fromagère pionnière
Parmi ces acteurs, une entrepreneure installée près d’Antananarivo s’est imposée comme une pionnière du fromage malgache. Convaincue de la nécessité de maîtriser toute la chaîne de production, elle a décidé d’élever ses propres vaches laitières afin d’assurer la qualité du lait utilisé.
“Nous avons constaté que le lait collecté auprès de petits producteurs ne remplissait pas toujours les critères nécessaires à la transformation fromagère. Produire notre propre lait nous permet d’obtenir un produit plus pur, plus riche et surtout traçable”, explique-t-elle.
Cette productrice privilégie une alimentation naturelle pour ses vaches, composée de foin, d’herbes sauvages et de provendes locales, tout en veillant à leur bien-être et à l’hygiène de la ferme. “Un bon fromage commence par un bon lait, et un bon lait dépend de la santé de la vache”, résume-t-elle.
Après plusieurs années d’essais et d’ajustements, elle a mis au point son propre procédé de fabrication, garantissant une constance de goût et de texture. Son atelier artisanal transforme environ 1 000 litres de lait par mois, pour produire une gamme variée : tomme, fromages blancs, fromages fouettés à la ciboulette et à l’ail, yaourts et beurres.
Face aux coupures d’électricité récurrentes, elle a investi dans un système d’énergie renouvelable hybride solaire-éolien, qui garantit une chaîne du froid continue tout en réduisant son empreinte carbone. Les emballages sont également pensés de manière écologique, avec des bocaux en verre réutilisables.
Ses produits séduisent une clientèle citadine en quête d’authenticité et de qualité. On les retrouve dans plusieurs épiceries fines de la capitale, ainsi qu’en commande directe, reflet d’une consommation locale qui se structure progressivement.
Des contraintes structurelles persistantes
Malgré ces initiatives inspirantes, les difficultés demeurent nombreuses. D’après l’INSTAT (2022), à peine 40 % des besoins en fourrage sont couverts, notamment durant la saison sèche. Les feux de brousse, le manque d’accès à l’eau et les effets du changement climatique fragilisent encore davantage la production.
La faible disponibilité d’aliments pour le bétail limite la production laitière, tout comme le manque d’infrastructures de collecte, de conservation et de transport. Les coupures d’électricité et l’absence de chaîne du froid fiable constituent des défis quotidiens pour les transformateurs.
Un label à valoriser : “Vita malagasy”
Pour atteindre la souveraineté laitière, les autorités et les acteurs de la filière s’accordent sur plusieurs priorités : amélioration de la génétique bovine, développement des cultures fourragères, professionnalisation des éleveurs et modernisation des infrastructures.
Le Plan national de développement laitier 2023-2025 prévoit notamment des actions pour accroître la production et renforcer la transformation locale (MAE, 2023).
L’objectif est clair : réduire la dépendance aux importations et valoriser le label “Vita malagasy” comme gage de qualité et de traçabilité.
À travers les efforts conjoints des éleveurs, des artisans et des pouvoirs publics, le secteur laitier malgache amorce une transformation durable, lente mais résolue, vers une véritable souveraineté laitière et fromagère.
Tiana Ramanoelina




