Thierry Sinda, le petit-fils du poète Martial Sinda, est actuellement dans nos murs. Homme de lettres engagé, il a choisi de rééditer l’une des œuvres majeures de son grand-père intitulé « Premier chant du départ », publié par Senghor en 1955 et récompensé l’année suivante par le Grand Prix littéraire de l’Afrique équatoriale française (AEF) décerné par l’Association des Ecrivains de langue française. Plus de 60 ans après, les poèmes de Martial Sinda demeurent d’une étonnante actualité et continuent d’inspirer de nouveaux lecteurs.
«J’ai observé de près la crise sociopolitique qui secoue Madagascar depuis septembre dernier, et j’ai été surpris qu’aucun vers ne soit venu accompagner ou éclairer ce mouvement », confie Thierry Sinda. Cette réflexion l’a poussé à rendre l’ouvrage accessible au public malgache. « Premier chant du départ » est désormais disponible à l’Espace Loisirs à Antaninarenina et à la librairie Saint-Paul à Analakely.
Réédité par la Maison Orphie, le livre s’enrichit d’une première partie à caractère scientifique, signée Thierry Sinda, qui retrace le parcours de Martial Sinda, considéré comme le premier poète aéfien en 1955. Si l’œuvre s’inscrit au cœur du mouvement de la Négritude, elle fait écho, selon l’auteur, aux aspirations de la jeunesse malgache actuelle, c’est-à-dire la quête de dignité, l’affirmation culturelle, la lutte contre des géants et la revendication de besoins fondamentaux tels que l’accès à l’eau potable ou à l’électricité. « Cet ouvrage évoque surtout le néocolonialisme, cette domination persistante de certains pays africains par les anciennes puissances coloniales, malgré l’indépendance », souligne-t-il.
Pas de retouche aux poèmes
Parue officiellement en mars dernier, cette réédition respecte scrupuleusement
le texte original. « Je n’ai apporté aucune modification aux poèmes, car un poème publié ne devrait plus être altéré. Il risquerait de perdre la spontanéité émotionnelle qui fait sa force. Ce sont des poèmes d’enfance, de tendresse, d’amour et de souvenirs de révolte », affirme Thierry Sinda. « Ces hommes. Ils vivent. Ils sont heureux. Ils rayonnent de santé dans leur corps noir. Ont-ils vraiment besoin de votre civilisation ?… », extrait du poème « Ces hommes » dans « Premier chant du départ ». Martial Sinda demeure une figure fondatrice : il est le premier poète africain à publier en français dans l’ancienne Afrique équatoriale française.
Holy Danielle




