Raby Savatsarah: « Cette LFI n’incarne pas la rupture annoncée »

Dans un contexte politique marqué par de fortes attentes sociales, le PLFI 2026 suscite des débats. Lors d’une interview, la députée élue dans la circonscription de Farafangana, Raby Savatsarah, partage son analyse et ses réserves sur ce Projet de loi.

*Les Nouvelles : En tant que députée de Madagas­car, quel est votre avis général sur le Projet de Loi de Finances initial 2026 ?
– Raby Savatsarah : Mon avis est un peu partagé. A première vue, c’est un projet qui a été préparé sous l’ancien gouvernement (principe de continuité de l’Etat oblige), mais dans l’urgence, probablement, afin de répondre aux attentes de la population, cela a été modifié par le gouvernement en place.
Ce budget est censé traduire la politique d’austérité voulue par le Président de la Refondation mais à bien lire, le document n’incarne pas forcément la rupture prônée par les nouvelles autorités.

*Selon vous, ce budget répond-il aux besoins prioritaires des citoyens et, principalement, des collectivités ?
-En ce qui concerne le budget alloué aux collectivités, si on s’en tient à la dé­marche de changement prêchée par la GEN -Z et l’ensemble de la population, cette proposition de budget n’apporte pas de solution au manque de ressources financière des Collectivités Terri­toriales Décentralisées, surtout ceux qui concernent les secteurs sociaux de base. Si le PNDE3 vise à accroître progressivement le pourcentage du budget étatique à transférer au CTD, soit de -2% en 2023 à 10% en 2027, le constat est que ce taux est encore très faible dans ce projet de LFI 2026. Nous savons tous que les communes n’ont pas les moyens pour assurer leurs responsabilités dans les domaines sociaux (…).
En gros, je suis consciente que l’Etat a besoin d’argent et qu’il faut renflouer la caisse par l’élargissement de l’assiette fiscale mais je pense sincèrement que les communes ont plus besoin d’accompagnement, en ce qui concerne le système et ou les modalités de recouvrement des impôts.

*Comment percevez-vous les allocations budgétaires pour les secteurs clés tels que l’éducation, l’eau et la santé?
-Il faut noter que 3 grands secteurs sociaux concentrent 44% du budget de l’Etat :
l’éducation, la santé et l’agriculture. Le part de budget alloué à l’éducation est ac­tuellement de 18% avec une variation de +46% par rapport à 2025. Des mesures concernant l’augmentation de l’indemnité de craie pour le personnel enseignant sont prévues. Pour l’éducation, je pense qu’il est temps de bien réfléchir sur la qualité de nos enseignants.
En outre, l’enveloppe bud­gétaire pour le MEAH, re­présentant de 3% du budget national est en baisse de – 21% par rapport à 2025. Il en est de même pour la santé, dont le budget n’a pas connu d’évolution mais plutôt une diminution de -7% puisque les crédits passent de 921 milliards d’ariary en 2025 à 856 milliards en 2026.
En outre, la chute du bud­get alloué aux investissements laisse entrevoir un ralentissement de la construction des infrastructures hospitalières ou la modernisation du système de santé, limitant ainsi l’accès aux soins dans plusieurs régions et communes enclavées. Le budget prévu dans ce PLFI 2026 ne permettra pas ainsi de réaliser l’ambition gouvernementale d’assurer la santé pour tous.

*Y a-t-il des mesures fiscales ou des réformes qui au­ront un impact direct sur les ménages ?
-Oui, de nouvelles mesures fiscales concernent plusieurs nouvelles impositions. Il s’agit entre autres de l’impôt sur les revenus salariaux et assimilés (IRSA). Un taux de 25% est prévu pour les revenus supérieurs à 4 mil­lions d’ariary. Cette mesure va impacter plus ceux qui travaillent dans le secteur privé. Une hausse de la charge fiscale sans amélioration du niveau de vie pourrait freiner la compétitivité des agents de l’Etat.
Par ailleurs, la taxation de véhicules à moteur est prévue s’appliquer à la quasi-totalité des engins motorisés soumis à l’obligation d’immatriculation, quelle que soit leur affectation ou leur usage. Il s’agira d’une ob­ligation fiscale annuelle comme cela a été le cas avant 2006. Une retaxation à 20% TVA sur le pétrole lampant est également envisagée pour 2026. Cela affectera forcément les ménages dans les milieux ruraux.
Face à tous ces constats, les Parlementaires doivent jouer pleinement leur rôle. Nous devons introduire des amendements majeurs pour adapter le texte aux impératifs sociaux. Dans le contexte actuel, il serait vraiment difficile de concilier réalisme économique, rigueur budgétaire et impératifs sociaux.
Il ne faut pas oublier que les financements extérieurs étant soumis à diverses conditionnalités, il serait risqué, dans la situation actuelle, de fonder la politique budgétaire sur les aides extérieures.

Propos recueillis par Rakoto

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