Loi de Finances: la Santé à l’épreuve des coupes budgétaires

Pour l’année 2026, le secteur de la santé continue de voir sa part dans le budget national diminuer. Selon la Loi de Finances Initiale (PLFI 2026), les crédits alloués au ministère de la Santé publique passent de 920,9 milliards d’ariary en 2025 à 856,1 milliards d’ariary, soit une baisse d’environ 7%. Parallèlement, la part du budget général de l’État consacrée à la santé recule également, de 6,5% à 5,4%. Ce ratio, bien que témoignant d’un financement toujours assuré par l’État, reste largement inférieur aux recommandations internationales, telles que l’objectif de 15% fixé dans la Déclaration d’Abuja pour les pays africains. Une occasion pour revoir les défis en matière de santé selon le rapport annuel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le système de santé à Madagascar reste fragile, et cela se ressent au quotidien pour les familles. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande au moins 23 professionnels de santé pour 10 000 habitants afin d’assurer un accès minimal aux soins essentiels. Dans le pays, on compte en moyenne seulement 12 professionnels pour 10 000 habitants. Concrètement, cela se traduit par de longues attentes, des consultations parfois impossibles à obtenir, et un accès limité aux soins, surtout dans les zones rurales.

Selon la cartographie nationale, Madagascar compte 4 244 structures de soins en 2024, dont 2 979 publiques et 1 265 privées. Bien que le secteur public reste majoritaire, près d’un tiers des centres sont privés, et ces derniers se concentrent principalement dans les grandes villes. Pour les familles vivant loin des zones urbaines, cela signifie que l’accès à un centre de santé peut nécessiter de longs déplacements, parfois coûteux, et que les soins disponibles ne sont pas toujours complets ou réguliers.
Le pays dispose de 37 447 agents de santé, mais il manque 8 968 professionnels pour répondre aux besoins minimums, selon l’OMS. Ce déficit a un impact direct sur la qualité des soins : surcharge du personnel, temps d’attente élevés, et parfois impossibilité de recevoir un traitement approprié pour les enfants, les femmes enceintes ou les malades chroniques. Cette inégalité s’aggrave avec la répartition du personnel : près de 70% des professionnels exercent dans le secteur privé, souvent dans les grandes villes. Ainsi, même si l’État fournit la majorité des infrastructures, les hôpitaux publics manquent cruellement de personnel qualifié, ce qui touche particulièrement les familles modestes et rurales.

La couverture sanitaire universelle reste faible

Seulement 35% des Malgaches ont accès aux services essentiels, alors que la moyenne africaine est de 44%. Moins de 40% de la population bénéficie de soins de santé primaires. Pour les familles, cela signifie que les vaccinations, les consultations prénatales, ou la prise en charge des maladies courantes ne sont pas toujours accessibles.

Enfin, les dépenses de santé pèsent lourd sur les ménages. 38,5% des dépenses sont payées directement par les familles selon l’OMS, ce qui représente une charge importante pour celles vivant sous le seuil de pauvreté. Ces coûts peuvent obliger certains à renoncer aux soins, s’endetter ou vendre des biens pour couvrir les frais médicaux. Ce niveau de financement privé indique que les filets sociaux et la protection financière sont encore insuffisants.

Nambinina Jaozara

Partager sur: