L’historien-anthropologue Philippe Beaujard, a présenté officiellement son nouveau livre, « Au pays des sept rivières », accompagné d’une café histoire et d’une exposition éponyme, samedi, au Musée de la Photographie de Madagascar.
Cet ouvrage restitue plus de vingt années de recherches menées dans le Sud-Est malgache, plus précisément auprès des Tanala du mont Ikongo, des Antambahoaka de la région de Mananjary et des Antemoro de la vallée du fleuve Matatana. Parmi les multiples facettes culturelles de ces trois sociétés voisines, l’auteur met en lumière le caractère sacré et thérapeutique de l’écriture arabico-malgache, appelée Sorabe.
«Le Sorabe est utilisé quotidiennement par les Katibo, des devins-guérisseurs et chefs religieux, pour les soins. Ils recopient sur une feuille d’arbre du voyageur ou sur du papier des charmes tirés de ces livres. Ensuite, le malade boit l’eau dans laquelle les écrits ont été dilués. Le pouvoir de ces écrits est censé apporter la guérison. C’est une pratique que l’on retrouve dans l’ensemble du monde musulman, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à l’Asie du Sud-Est», explique Philippe Beaujard.
Selon l’anthropologue, le contenu de ces manuscrits est essentiellement magico-religieux, composé notamment de charmes de guérison. Le papier était fabriqué localement par les Antemoro, détenteurs du savoir-faire de la fabrication du papier. Les manuscrits étaient ensuite recouverts de peau de zébu, une couverture qui consacre le Sorabe et en fait un objet ancestral, presque aussi important que le contenu du livre lui-même.
«Le problème aujourd’hui, c’est que ces livres sont de moins en moins recopiés par les jeunes générations de Katibo. Il est donc essentiel de pouvoir y accéder, de les photographier et de les numériser afin de sauvegarder leur contenu et le savoir du Sorabe», conclut-il.
Joachin Michaël




