Deux mois à Mahazoarivo : le pragmatisme de Herintsalama Rajaonarivelo, à l’épreuve

La nomination de Rajaonarivelo au poste de Premier ministre a suscité des critiques, notamment en raison de son lien supposé avec certaines figures du régime précédent. A l’heure du bilan, le locataire de Mahazoarivo revient sans détour sur une situation exceptionnelle qui expliquerait peut-être le choix de son profil pour occuper un poste aussi stratégique.

En réponse à la première question du représentant de la Gen Z sur la situation actuelle concernant la refondation de l’Etat,    le Premier ministre explique la situation d’un pays qui dépend largement des financements extérieurs. Il a ainsi insisté sur l’importance de la stabilité institutionnelle et du respect de l’ordre constitutionnel pour éviter les sanctions des (Sadc, Comesa, Union africaine) et maintenir la coopération avec les partenaires techniques et financiers.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la première mission confiée au Premier mi­nistre Herintsalama Rajao­na­rivelo: la présentation de la Loi de finances initiale 2026 dans le respect de l’ordre constitutionnel, tout en tenant compte de l’engagement de  l’Etat et des revendications des manifestants ayant conduit à la chute de l’ancien régime. Nommé le 20 octobre 2025, il ne disposait que de dix jours pour préparer et soumettre un texte budgétaire déterminant pour la continuité de l’Etat. A cette contrainte s’est ajoutée la nomination tardive du gouvernement, intervenue le 28 octobre, dans un calendrier institutionnel déjà fortement resserré par l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale le 1er octobre.
Face à ces échéances, le choix d’un profil familier des rouages administratifs et des exigences des partenaires financiers apparaît comme une option pragmatique. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de respecter les engagements pris avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, qualifiant le FMI de «gendarme de l’économie nationale» à l’échelle mondiale. Une manière de rappeler que la crédibilité économique du pays repose en grande partie sur la confiance de ces institutions.
Plus qu’un choix politique, la nomination de Herintsalama Rajaonarivelo répond donc à une logique de gestion sous contraintes. Elle traduit la priorisation de la stabilité institutionnelle, du respect des engagements internationaux et de la continuité de l’Etat. De ce point de vue, le pari est plutôt réussi.
Sur le plan politique, il a souligné que Madagascar est un État de droit et que la lutte contre la corruption est engagée. « Il ne devrait plus y avoir d’impunité », a-t-il dé­claré. La responsabilité des ministres en fonction sera étroitement surveillée et le PRRM ainsi que le Premier ministre devront procéder à une évaluation. Chacun doit rendre des comptes au public conformément à la feuille de route établie. Il n’a pas manqué d’appeler à l’unité nationale a demandé la cessation des persécutions.

Fin du délestage
Concernant le bilan de ses deux premiers mois à Mahazoarivo, le Premier ministre évoque les actions de son gouvernement pour résoudre les problèmes d’urgence comme l’eau et l’électricité. Des efforts sont déjà déployés pour remplir les réservoirs d’eau des trois turbines d’Andekaleka, produire de l’électricité grâce à l’énergie solaire et utiliser des générateurs pour compléter le réseau électrique « Actuellement, il n’y plus du délestage. Il n’y a que de coupures dues à des pannes techniques », indique-t-il.
Les coupures de courant intermittentes ont diminué ces dernières semaines, se­lon le Premier ministre He­rin­tsalama Rajaonarivelo. Il a rappelé que la centrale hydroélectrique d’Andeka­leka, dotée de trois turbines, a désormais une capacité installée de 105 mégawatts. Il a par ailleurs évoqué des négociations jugées difficiles avec certains fournisseurs de la Jirama.
Selon le chef du gouvernement, les difficultés rencontrées par la compagnie nationale d’eau et d’électricité s’expliquent en partie par la nature des contrats avec ses fournisseurs. Il a mentionné des accords dans lesquels la puissance réellement fournie est inférieure à la puissance contractuelle, tout en étant facturée au tarif prévu. Le Premier ministre affirme avoir engagé des discussions avec les fournisseurs afin d’éviter de nouvelles pénuries.

Infrastructures routières
Concernant l’état des routes à Madagascar le premier ministre a dressé plutôt des constats tout en proposant des solutions. Il a pointé du doigt le manque de transparence dans la gestion du Fonds d’entretien routier et évoqué la mise en place d’un système d’appel d’offres digitalisé et trans­parent.
Herintsalama Rajaonari­velo a aussi remis en cause le tracé de l’« autoroute » entre Antananarivo et Toamasina « qui n’a pas fait l’objet d’une étude d’impact environnemen­tal » selon ses termes. Des améliorations seront donc apportées. Il envisage même la construction d’une nouvelle « Route du riz » reliant Man­dritsara-Bealalana-Andapa.
Concernant les rumeurs sur l’utilisation de planches à billets pour la prime de 310.000 ariary allouée à chaque fonctionnaire, le premier ministre a été clair. Les recettes douanières ont augmenté de 5 %, pour atteindre environ 200 milliards d’ariary alors que les recettes fiscales ont augmenté de 295 milliards d’ariary, ce qui a permis de payer les primes des fonctionnaires.
Pour le secteur privé, l’augmentation des salaires dépend de la négociation entre le patronat et les syndicats des travailleurs avant concertation avec l’Etat. Le premier ministre rappelle toutefois que l’IRSA fonctionne par tranche et que le taux est de 0% pour les salaires de moins de 350.000 ariary par exemple.
Suite de la concertation nationale
Concernant la concertation nationale pour la refondation, le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo affirme que les consultations sont déjà en marche et les consultations de base sont en cours. Des accords ont été conclus avec le FFKM et le processus sera ouvert à d’autres partis. Le ministère d’Etat a commencé à mettre en place le système au niveau local et organise déjà des réunions de proximité, notamment à Antsirabe et Fianarantsoa.

Pas candidat
Pour conclure, il affirme que sa mission devrait finir dans 22 mois avec la mise en place d’une nouvelle Ré­publique et l’élection des nouveaux dirigeants du pays. D’après lui, il ne sera candidat à aucun mandat électif.

T. Rasam/ Rova M.

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