A l’ère des réseaux sociaux, la justice se retrouve de plus en plus exposée au tribunal de l’opinion. Les affaires judiciaires médiatisées déclenchent souvent des réactions émotionnelles où la colère collective cherche des responsables immédiats. Dans ce contexte, les avocats deviennent parfois des cibles, attaqués non pour leurs actes, mais pour avoir exercé leur mission.
La mise en garde récente de l’Ordre des avocats rappelle une vérité fondamentale : s’en prendre à un avocat pour la défense de son client constitue une atteinte grave aux droits de la défense et aux fondements de l’Etat de droit. L’avocat n’est ni juge ni décideur. Il ne rend pas de verdict, il veille au respect de la loi et des garanties procédurales. L’assimiler à l’issue d’un procès relève d’un dangereux amalgame.
Certes, l’indignation publique traduit souvent une défiance réelle envers la justice, perçue comme lente ou injuste. Mais cette frustration ne peut justifier la stigmatisation individuelle ni la justice populaire. Une société qui cède à la vindicte affaiblit ses propres institutions et ouvre la voie à l’arbitraire.
L’appel à la retenue lancé par l’Ordre n’est donc pas corporatiste. Il s’agit d’un rappel civique. Une justice intimidée, des avocats discrédités ou menacés, c’est une justice fragilisée pour tous.
La responsabilité est collective. Médias, leaders d’opinion et citoyens doivent refuser les amalgames et privilégier la compréhension du rôle de chacun. Défendre l’avocat aujourd’hui, ce n’est pas protéger un privilège, mais préserver le droit de tous à un procès équitable. Dans un Etat de droit, la justice se rend par la loi, non sous la pression de la foule.
Rakoto




