Fédéralisme ou Etat unitaire ? Un consensus politique, mais des visions divergentes

Le débat sur la réforme territoriale à Madagascar est lancé depuis quelques semaines. D’un côté, les partisans du fédéralisme, de l’autre ceux de l’Etat unitaire qui sont unanimes sur la nécessité de rompre avec un modèle centralisé à bout de souffle et de renforcer l’autonomie des collectivités locales.

Depuis plusieurs années, les critiques à l’encontre de la centralisation se multiplient. Faible capacité d’action des collectivités locales, dépendance financière vis-à-vis de l’État central, lenteur administrative, inégalités territoriales persistantes : les systèmes actuels semblent atteindre ses limites.

Projet de loi Afakandro
Les communes et les régions, censées être les moteurs du développement local, peinent à remplir leurs missions faute de moyens suffisants, confirme Solofotahiana Lalaina Rakotondramanana président du Syndicat National des Administrateurs Civils (Synad) à Madagascar. Dans ce contexte, l’idée d’une autonomie budgétaire des collectivités territoriales s’impose progressivement comme une évidence.
C’est dans ce climat que les partisans du fédéralisme à l’Assemblée nationale ont relancé un débat de fond sur l’organisation territoriale. A l’occasion de la session ordinaire de mai, le député Christian Afakandro propose d’abroger la loi n° 73-014-015 du 30 mars 1973, qui avait instauré une centralisation budgétaire en supprimant les budgets provinciaux autonomes.
A travers ce projet, les partisans de cette initiative entendent revenir à un système de déconcentration budgétaire, où les provinces disposeraient à nouveau de ressources propres. Une telle réforme marquerait une rupture importante avec le modèle actuel, en redonnant aux entités territoriales un rôle central dans la gestion des finances publiques.

Réforme progressive
Face à cette approche plus structurelle, le gouvernement adopte une démarche plus prudente. Dans le cadre de la Loi de finances rectificative 2026, le ministre de l’Economie et des finances, le Dr Herinjatovo Aimé Ramiarison, a annoncé une augmentation significative des ressources allouées aux structures territoriales décentralisées et aux collectivités territoriales décentralisées.
«La part des fonds alloués aux Services techniques déconcentrés (STD) et aux Collectivités territoriales décentralisées (CTD) est portée à 12 %, afin de renforcer davantage la décentralisation effective à Madagascar. Alors qu’elle se situait auparavant entre 3 % et 5 %, cette enveloppe va dé­sormais plus que doubler avec cette nouvelle révision budgétaire», annonce le ministère.
L’objectif affiché est de permettre aux communes et aux régions de disposer de moyens financiers suffisants pour exercer leurs compétences et impulser le développement local. Cette approche repose sur l’idée qu’une décentralisation effective passe avant tout par des ressources adéquates et une meilleure gouvernance.

Fokontany
De leur côté, certains partis politiques proposent une approche plus pragmatique, centrée sur les réalités locales. Pour Solo­fotahiana Lalaina Rakotondramanana, président du Synad, et Ignace Ramasy Randria­nirina, membre du parti MFM et responsable du groupe Panorama, la clé du développement territorial ne réside pas nécessairement dans une refonte institutionnelle, mais dans le renforcement concret des structures existantes.
Ils estiment que les deux niveaux actuels (communes et régions) sont suffisants, à condition de leur donner les moyens d’agir. Le fokontany, structure de base par excellence, est également mis en avant comme un relais essentiel entre l’administration et la population.
Ces propositions insistent sur plusieurs leviers comme l’autonomie financière réelle, les ressources fiscales locales, formation et valorisation des ressources humaines, ainsi que dotation en moyens matériels. L’idée est de construire une administration locale capable de fournir des services de qualité et de répondre aux besoins des citoyens.

Fédéralisme
En arrière-plan du débat, le fédéralisme, une option plus radicale, continue de susciter des discussions. Défendue par certains courants politiques, cette vision propose une transformation en profondeur de l’Etat, avec un transfert massif de compétences et de pouvoirs vers les entités territoriales. Cette approche témoigne d’un niveau de défiance élevé envers le modèle centralisé. Elle traduit aussi une aspiration à une plus grande autonomie politique et économique des territoires.
En tout cas, les véritables débats auront lieu durant la conférence nationale et les ob­servateurs espèrent un consensus. Dans le cas contraire, le choix entre une Constitution pour un Etat unitaire et une autre pour un Etat fédéral n’est pas à écarté

Tivo Rasam

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