FFKM, le retour…

Le FFKM a donné l’impression d’être associé au processus de refondation de l’Etat sans en être véritablement l’un des moteurs. Présent lors de cérémonies officielles, convié aux rencontres institutionnelles, mandaté même pour la réconciliation nationale, le Conseil œcuménique semblait pourtant évoluer à la périphérie des véritables cercles décisionnels. Sa dernière déclaration d’avril avait d’ailleurs révélé, avec une rare franchise, le malaise.
Derrière l’apparente unité affichée autour de la concertation nationale, deux visions se faisaient face. D’un côté, le ministère en charge de la Refondation soucieux d’avancer rapidement dans la refondation institutionnelle. De l’autre, un FFKM rappelant qu’aucune reconstruction durable ne peut se faire sans réconciliation véritable, sans vérité ni apaisement des fractures accumulées depuis les crises postcoloniales.
Mais les déclarations du président de la Refondation, le colonel Michael Randrianirina, d’hier marquent manifestement un tournant. En affirmant publiquement que le FFKM dirigera la concertation nationale prévue en juin, en saluant son indépendance morale et en accordant un soutien financier à l’organisation de ses travaux, le régime reconnait que l’Eglise ne peut rester à l’écart du processus.
Ce retour du FFKM au centre du dialogue traduit une réalité que le pouvoir lui-même ne peut ignorer. Dans un contexte politique et social fragile, la légitimité institutionnelle ne suffit pas. La refondation de l’Etat ne peut être seulement administrative ou technique, elle doit aussi être morale, collective et acceptée.
Le FFKM conserve, malgré les critiques et les divisions, une capacité rare de médiation et d’écoute. Son poids historique dans les grandes crises nationales continue d’en faire un acteur incontournable dès lors qu’il s’agit de recréer un minimum de confiance entre dirigeants et citoyens.
Alors, ce retour au centre du dialogue sera-t-il celui d’un véritable partenaire de la refondation ou celui d’une simple caution morale destinée à consolider un processus déjà balisé ? La crédibilité même de la concertation nationale dépendra, en grande partie, de la réponse.

Tivo Rasam

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