Une issue de secours

Le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP) au­rait tiré la sonnette d’alarme face à la me­na­ce qui pèse sur les emplois en zone franche. Bien évidemment, c’est un sujet ultra-sensible dans la mesure où les entreprises franches comptent pas moins de 200 000 emplois. Autre­ment dit, ce sont des milliers de familles malgaches qui risquent de se retrouver sans source de revenu.
Et quand on ajoute toutes les activités qui sont liées directement ou indirectement aux entreprises (différents prestataires), on peut en conclure l’ampleur du dégât si jamais les entreprises franches étaient amenées à fermer leurs portes. Même des décisions moins importantes prises par les entreprises franches, licenciement ou chômage technique, au­raient de profondes con­séquences.
Mais on se demande bien pourquoi, aujourd’ hui seulement, le GEFP tire la sonnette d’alarme alors que lui-même, il reconnait que les réformes fiscales qui sont à l’origine de ce péril ont été engagées depuis 2023. De même, il est certain que les retards enregistrés dans le remboursement de la TVA ne datent pas d’aujourd’hui.
De même, on ne peut que s’étonner que le GEFP réclame une prise de position publique du gouvernement sur l’avenir du régime de zone franche s’il veut le maintenir ou plutôt le laisser disparaitre progressivement. Qu’on le veuille ou non, soumettre cette exigence au gouvernement actuel signifie, ni plus ni moins une non-reconnaissance du principe de la continuité de l’Etat.
Effectivement, on se souvient bien que l’Etat lui-même s’est engagé dans la mise en place d’un important lobby visant à faire fléchir l’administration Trump sur la question de la fin de l’Agoa. Beaucoup d’actions ont été faites dans ce sens et elles ont été menées jusqu’aux Etats-Unis, eux-mêmes. Beau­coup de pays ont profité des résultats de ce lobbying.
Pour toutes ces raisons, les entreprises franches ont d’autres soucis non moins cruciaux et sur lesquels elles doivent se pencher sé­rieusement. Il s’agit de l’après Agoa. Qu’on le veuille ou non, cette ques­tion reviendra sur le tapis. Pour le moment, le président américain est en­core trop occupé au sujet de la crise contre l’Iran.
Mais une fois cette crise résolue définitivement, on peut être sûr qu’il relancera la question de l’Agoa. En effet, l’Agoa est une arme de pression efficace pour les Etats-Unis envers les pays qui bénéficient de ses avantages. Dans la situation actuelle, sans les avantages de l’Agoa, beaucoup de pays verraient leurs exportations diminuer sensiblement. Et il ne s’agit pas seulement de textile.
Ainsi, dès à présent, les entreprises franches doivent penser sérieusement à d’autres alternatives, à diversifier leurs marchés. Cela devrait se faire avec l’appui de l’Etat malgache. Il ne s’agit pas de faire pression sur ce dernier. Quand le marché américain ne sera plus avantageux ou acces­sible aux entreprises franches malgaches, tout au moins elles auront une issue de secours.

Ranaivo Lala Honoré

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