Mercredi des idées en goguette: Terrain glissant

Pendant que les regards sont braqués sur les écrans, que les discussions tournent autour des matchs de football et des performances des grandes équipes de la Coupe du monde, sur un autre terrain, un jeu bien moins festif, con­tinue de se jouer loin des projecteurs.

Réunis en sommet extraordinaire par vi­sioconférence le 29 juin dernier, les dirigeants de la Sadc, ont remis Madagascar au centre de leur agenda régional. Officielle­ment, il s’agit de stabilité et de retour à l’ordre constitutionnel. Dans les faits, les mots choisis et les demandes formulées résonnent bien au-delà des salles de réu­nion diplomati­ques.
Le contraste est frap­pant car d’un côté, un monde absorbé par les scores, les penalties et les exploits sportifs ; de l’autre, une organisation régionale qui avance ses pions sur
un terrain politique où cha­que mot pèse, cha­que recommandation peut être interprétée comme un signal fort. Et dans ce jeu-là, il n’y a ni VAR ni prolongation.

La Sadc appelle à des gestes d’apaisement tout en insistant sur la nécessité de relancer un dialogue national et évoque des mesures sensibles touchant directement à la vie politique intérieure. Le ton est diplomatique mais la portée est clairement politique. Sur le papier, le scénario est clair : dialogue, réformes, inclusivité. Mais sur le terrain,
les perceptions divergent.

Car à Antananarivo comme ailleurs, les réactions ne se font pas attendre. Certains y voient un appui régional logique, presque technique, destiné à éviter une nouvelle spirale de crise. D’autres, en revanche, ravivent une mémoire plus lourde, celle de 2009, lors­que les équilibres politiques avaient déjà été fortement influencés par les positions régionales. Et c’est précisément là que le terrain devient glissant.

Le gouvernement de la refondation actuelle se retrouve ainsi au cen­tre d’un jeu d’équilibristes. D’un côté, ré­pondre aux attentes de partenaires régionaux qui appellent à des réformes visibles et inclusives. De l’autre, gérer une scène politique interne où cha­que décision est scrutée, commentée, parfois contestée.

Comme dans un match tendu où chaque équipe cherche à garder la possession sans se découvrir, les acteurs politiques avancent avec prudence. Sauf qu’ici, le ballon est remplacé par des décisions sensibles, et le public n’est pas seulement dans les tribunes mais dans les rues et les réseaux sociaux.

Sur ces terrains-là, il n’y a ni supporters neutres, ni match amical. Seulement des équi­libres fragiles et une partie qui reste ouverte.

Rakoto

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