Littérature jeunesse: moderniser les anciens contes dans « Il faut vaincre Trimobe »

Publié par les Editions Karné, l’année dernière, le livre de contes « Il faut vaincre Trimobe » d’Andréa Razafi, a remporté le Prix de l’édition jeunesse africaine en 2025. A travers une cinquantaine de pages, l’auteure revisite plusieurs figures emblématiques des contes malgaches en leur offrant une lecture résolument contemporaine.

Trimobe, Faramalemy et Ikotobekibo, Rangory, Imaintsoanala ou encore Ivorombe font partie des personnages qui ont bercé l’enfance de nombreuses générations. Dans cet ouvrage, Andréa Razafi ne se contente pas d’adapter ces récits, elle imagine une histoire inédite qui les réunit dans un même univers. Une manière de faire revivre un patrimoine oral parfois éclipsé par les contes occidentaux et leurs princesses ou princes charmants, aujourd’hui omniprésents dans l’imaginaire de nos plus jeunes.

Des contes revisités
« Je me suis inspirée d’Alice au pays des merveilles », confie l’auteure. Son récit suit Kalo dans un univers où se mêlent mystère et aventure. Son objectif n’est pourtant pas de réécrire les contes traditionnels, mais de questionner les idées reçues qui les entourent. Elle revient notamment sur l’histoire de Faramalemy et Ikotobekibo, souvent présentée comme celle de deux enfants abandonnés par leurs parents en raison de leur handicap. Elle redonne également de la profondeur à Rangory, la célèbre sorcière à l’origine de l’expression malgache « Rangory fototry ny afo » qui signifie la source du mal. Les relations intergénérationnelles conflictuelles entre Imaintsoanala et Ivorombe sont, elles aussi, revisitées sous un nouvel angle, tandis que Trimobe, l’ogre réputé pour avoir dévoré sa fiancée Fara, voit son histoire complètement réinterprétée.

Déconstruire les préjugés
Dans « Il faut vaincre Trimobe », les vérités que tout le monde croyait établies sont remises en question. Trimobe n’a jamais mangé sa femme : celle-ci est morte de maladie, mais une rumeur a transformé le village en juge. Les parents de Faramalemy et Ikotobekibo ne les ont pas abandonnés : leurs enfants s’étaient simplement perdus. Rangory n’a pas toujours été une sorcière malveillante et cache, derrière sa réputation, une femme profondément bienveillante. Quant aux tensions entre Imaintsoanala et Ivorombe, elles trouvent leur origine dans des incompréhensions entre mère et fille qui auraient pu être évitées au fil du temps.
Au-delà de son intrigue, l’ouvrage délivre plusieurs messages universels comme l’importance de la communication, les ravages des rumeurs et de la désinformation, la nécessité de faire preuve de bienveillance et le refus de réduire une personne à sa réputation. En réinventant ces figures incontournables du patrimoine malgache, Andréa Razafi propose une œuvre qui réconcilie tradition et modernité. Une approche originale qui explique en partie la reconnaissance obtenue avec le Prix de l’édition jeunesse africaine.

Holy Danielle

Partager sur: