Selon l’avis du Pr Jonah Ratsimbazafy, un primatologue et chercheur malgache de renommée mondiale, l’enseignement technique axé sur l’intégration des ressources locales, devrait être une priorité absolue à Madagascar si on aspire vraiment à un développement durable. Interview.
*Les Nouvelles : Que pensez-vous de notre système éducatif actuel ?
– Pr Jonah Ratsimbazafy : C’est un système que nous avons hérité du temps de la colonisation où le général Gallieni a donné la priorité à la langue française dans le système éducatif. Aujourd’ hui, la maîtrise du français sert d’étalon pour évaluer la compétence et le niveau d’instruction d’une personne. Une mode de pensée qui est favorisée par la prédominance de l’enseignement général actuellement. Le système éducatif actuel peine ainsi à répondre aux besoins essentiels du pays. Certes, il existe toujours un ministère de l’Enseignement technique à Madagascar, mais a-t-il réellement apporté le développement ?
*Pourquoi dites-vous cela ?
– Nous disposons d’abondantes ressources souterraines et marines. Notre système éducatif devrait donc exploiter ces ressources à travers la formation d’ingénieurs et de techniciens si on veut vraiment bénéficier d’un réel développement durable. De ce fait, un système éducatif basé sur l’enseignement technique devrait être une priorité absolue, pour espérer un développement durable. Il n’est pas logique que 80% de la population malgache soit composée d’agriculteurs alors qu’il n’y a pratiquement pas d’écoles agricoles au pays. La prédominance de l’enseignement général dans le système actuel est donc absurde.
*Que faut-il donc faire ?
– Comme l’agriculture est le cœur battant du pays au même titre que les ressources naturelles et minières, la formation des étudiants malgaches devrait être ainsi axée sur ces secteurs. Par conséquent, les ingénieurs et les techniciens devraient constituer la majorité de nos diplômés universitaires. Et à titre de mesures d’accompagnement, on devrait disposer d’un grand nombre de lycées techniques et de centres de formation professionnelle dispensant un enseignement adéquat auprès de ces secteurs.
Il faut faire comme les Chinois. Ils ont choisi de former un grand nombre d’ingénieurs tout en réduisant le nombre
d’avocats, conscients que la construction de nombreux ponts constituait une priorité urgente, bien plus que de disposer d’un surplus d’avocats. Pour ce faire, il faut de la volonté et du courage politique.
Propos recueillis par Sera R.




