Alors que 61 % des Malgaches jugent leurs conditions de vie « plutôt mauvaises » ou « très mauvaises », le désir de partir vivre à l’étranger reste étonnamment faible. Selon le 3e rapport annuel d’Afrobaromètre 2026 intitulé African Insights 2026 : Au-delà des frontières, seuls 5 % déclarent avoir « beaucoup » envisagé l’émigration. Ce contraste distingue Madagascar de nombreux autres pays africains.
Selon les dernières données d’Afrobaromètre, rapportant les points de vue des citoyens de 38 pays, sur le commerce international, les migrations, les grandes puissances et la réponse mondiale au changement climatique, Madagascar figure parmi les pays où l’appréciation des conditions de vie est particulièrement négative, tout en affichant l’une des plus faibles proportions de citoyens envisageant sérieusement de quitter leur pays.
En effet, 61 % des Malgaches interrogés qualifient leurs conditions de vie de « plutôt mauvaises » ou « très mauvaises». Seuls 18 % des répondants à Madagascar, considèrent leurs conditions de vie comme plutôt ou très bonnes. A l’échelle continentale, 49 % des citoyens interrogés issus des 38 pays africains étudiés, s’attendent une amélioration de la situation économique de leur pays au cours des prochains mois.
Malgré ce contexte, les Malgaches n’envisagent pas la perspective de l’émigration. Dans son rapport African Insights 2026, Afrobaromètre indique que seulement 5 % des Malgaches déclarent avoir « beaucoup » pensé à s’installer dans un autre pays. Madagascar se situe ainsi parmi les pays où cette envie de partir s’installer à l’étranger, est la plus faible, aux côtés de la Tanzanie, également à 5 %, et des Seychelles, à 6 %.
Paradoxe malgache
Le contraste avec la tendance continentale est important. Dans l’ensemble des 38 pays étudiés, 45 % des citoyens disent avoir envisagé l’émigration au moins un peu et 25 % déclarent y avoir « beaucoup » pensé. Cette propension à partir a même progressé au cours de la dernière décennie dans une grande partie du continent.
Le phénomène touche particulièrement les jeunes Africains. A l’échelle continentale, 32 % des 18-35 ans déclarent avoir beaucoup envisagé de partir vivre ailleurs. Chez les jeunes Malgaches, cette proportion n’est que de 5 %, selon le rapport 2026.
Le cas malgache apparaît d’autant plus singulier que les motivations économiques constituent, ailleurs sur le continent, le principal moteur des projets d’émigration. Parmi les Africains qui envisagent de partir, 50 % sont motivés par la recherche d’un emploi et 29 % la volonté d’échapper à la pauvreté ou aux difficultés économiques.
A Madagascar pourtant, le jugement sévère sur les conditions de vie ne se traduit pas, du moins dans les réponses à l’enquête, par une volonté comparable de chercher un avenir hors des frontières.
Si les données d’Afrobaromètre permettent de souligner ce paradoxe à Madagascar, elles ne suffisent pas à en déterminer les causes spécifiques. Attribuer cette faible aspiration à l’émigration à l’attachement familial, à l’insularité, au coût du voyage, aux difficultés administratives ou à l’absence de réseaux migratoires sans études complémentaires serait prématuré, mais il demeure difficile d’avancer d’autres raisons.
Tivo Rasam




