Un accident de
« taxi-be » de plus. Ce n’est ni la première fois, ni certainement la dernière fois que cela arrive. Et la question revient, presque toujours après le drame : à qui la faute ? Certains pointeront du doigt les conducteurs, jugés insuffisamment formés
ou trop imprudents. D’autres regarderont du côté des véhicules, de leur état mécanique ou encore de la fameuse visite technique. Chacun aura son coupable idéal. Mais à force de chercher un responsable unique, on oublie peut-être l’essentiel car derrière chaque accident évitable, il y a souvent une chaîne de négligences. Et cette chaîne est collective.
Hier après-midi, sous le tunnel d’Ambohidahy, la route a une nouvelle fois rappelé qu’elle pouvait être impitoyable. Un taxi-be a fauché neuf personnes. Deux n’ont pas survécu, dont un agent des sapeurs-pompiers de la Commune urbaine d’Antananarivo. Six autres victimes sont toujours sous surveillance médicale. L’enquête de la brigade des accidents devra déterminer précisément ce qui s’est passé, notamment les circonstances entourant la défaillance présumée des freins.
Mais au-delà du rapport d’enquête, une autre question mérite d’être posée. Comment un véhicule qui transporte quotidiennement des dizaines de personnes peut-il se retrouver sur la route avec un système de freinage défaillant ?
C’est là que les réactions des citoyens prennent tout leur sens. Sur les réseaux sociaux, certains dénoncent une visite technique qu’ils estiment gangrenée par la corruption. D’autres s’interrogent sur ces bus qui, malgré leur état, continuent de circuler. Derrière ces commentaires parfois brutaux se cache une inquiétude parfaitement compréhensible : celle de monter dans un taxi-be sans savoir si le véhicule arrivera à destination.
Le problème, c’est que la sécurité routière ne peut pas reposer uniquement sur la prudence du passager. Le citoyen n’a pas vocation à devenir mécanicien avant de monter dans un bus. Il ne peut pas vérifier les freins, inspecter les pneus ou demander le carnet d’entretien au chauffeur. Il fait confiance au système.
Et justement, le système doit être à la hauteur de cette confiance.
Si un véhicule est dangereux, il doit être retiré de la circulation. Si un conducteur n’a pas les compétences nécessaires, il ne doit pas transporter des passagers. Parce qu’un taxi-be n’est pas seulement un véhicule. C’est une petite partie de la vie quotidienne de milliers de gens dans la capitale. On y monte pour aller travailler, étudier, faire ses courses ou simplement rentrer chez soi.
La route ne devrait pas être une loterie. Prendre un taxi-be ne devrait pas être un acte de courage.
Rakoto




