Les archives écrites ne suffisent pas à raconter toute l’histoire d’un pays. A Madagascar, une partie de cette mémoire se transmet encore par la parole, à travers les
« lovantsofina ». Pour Narivelo Rajaonarimanana, enseignant-chercheur et professeur émérite à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) de Paris, ces récits constituent des sources précieuses, notamment dans les régions où les documents écrits sont rares.
La recherche historique malgache s’appuie largement sur les Archives nationales, la presse ancienne et les documents écrits. Une démarche indispensable, mais qui risque de laisser
de côté la mémoire orale.
« Toutes les archives orales ne sont pas forcément vraies, mais elles reflètent les événements et peuvent servir de piste », souligne Narivelo Rajaonarimanana.
L’enjeu est particulièrement important dans les régions, où les archives écrites sont parfois limitées alors que la mémoire orale demeure riche. Leur collecte permettrait de mieux documenter l’histoire de chaque territoire et de contribuer à l’histoire générale de Madagascar. Le chercheur cite notamment le travail du père Callet, qui avait recueilli des traditions historiques dans l’Imerina et le pays betsileo.
Cette démarche concerne également l’histoire contemporaine. Les événements de 1947 comptent encore des témoins directs, tout comme certaines périodes politiques, de la Première République aux mouvements plus récents. « Il faut partir des textes, mais recueillir aussi des témoignages divers », estime-t-il. Pour le professeur émérite, ces témoignages apportent une dimension humaine absente des seuls documents. « Les archives écrites ne représentent qu’une partie de l’histoire, sèche, dépourvue d’émotions et d’âme ».
Les mobilisations de 1991 ou celles de la génération Z pourraient ainsi être racontées à travers la voix de ceux qui les ont vécues. Cette mémoire peut aussi contribuer à transmettre l’histoire aux jeunes. « La jeune génération a besoin de leaders, de modèles auxquels elle peut s’identifier. »
Collecter ces récits aujourd’hui, alors que certains témoins disparaissent, devient donc une urgence. « Il faut que l’histoire de la nation prenne vie », a-t-il conclu.
Joachin Michaël




