Patrimoine linguistique: une réédition d’un des premiers dictionnaires signée Linah Ravonjiarisoa

En 1773, l’imprimerie royale de Maurice a sorti le livre « Challan, Claude Bernard (Abbé), Vocabulaire malgache distribué en deux parties : La première : françois et malgache – la seconde : malgache et françois ». Cet ouvrage de 92 pages constitue le tout premier dictionnaire malgache – français et français – malgache, aujourd’hui presque introuvable dans les catalogues des librairies actuelles. Linah Ravonjiarisoa, maitre de conférences, enseignante et chercheuse à l’Inalco à Paris, a eu l’initiative de le rééditer avec le soutien du professeur Narivelo Rajaonarimanana de l’Inalco Paris. Le livre est officiellement sorti, hier à la Bibliothèque nationale de Madagascar (BNM) Anosy.
La sortie de ce livre vise non seulement à préserver le patrimoine linguistique malgache et à sauvegarder la culture malgache, mais surtout de faire découvrir la beauté de cette langue aux générations actuelles. Dans son parcours académique, Linah Ravonjiarisoa a étudié les dictionnaires parus avant 1896, tels que celui de Houtman sorti en 1603, Flacourt en 1658, Drury en 1703 et bien sûr, Challan en 1773.

Les vocabulaires de Challan
Selon Linah Ravonjiarisoa, les vocabulaires de Challan sont plus riches et plus modernes. Ainsi, dans cette nouvelle édition publiée par Tezaboky, deux parties sont proposées. La première rassemble les analyses et les études sur le livre de Challan, et la seconde reprend le vocabulaire lui-même. On y retrouve notamment les mots betsimisaraka et merina. « C’est la première fois que nous avons eu un échantillon du lexique merina. Houtman a présenté le lexique Betsimisaraka, Flacourt le lexique Tanosy et Drury le lexique Sakalava et Tandroy », a-t-elle expliqué hier. Le livre ne se limite pas uniquement aux mots mais dévoile aussi les outils ou « choses » comme un ouvrage encyclopédique.
Au 18e siècle, des milliers de Malgaches ont été déportés comme esclaves, et beaucoup d’entre eux se trouvaient à l’île Maurice. « A cette époque, un prêtre catholique a eu l’idée de rédiger ce vocabulaire avec l’aide de deux esclaves malgaches, afin de faciliter la communication entre maitres et esclaves », raconte-t-elle. La compréhension mutuelle a permis d’améliorer la relation mais aussi les échanges commerciaux, agricoles…

Linah Ravonjiarisoa, expert en langue
Docteure en science du langage, titulaire d’un master en langue, littérature et civilisation anglaises en France, d’un master en langue et société du monde, d’un master European Intercultural, Linah Ravonjiarisoa est membre titulaire du laboratoire de recherche Plidam ou « Pluralité des langues et des identités : didactiques, acquisition et médiations ». Elle a déjà publié deux ouvrages, dont l’un parle de Radama 1er, en 2016. Ayant fait des dictionnaires malgaches le sujet de sa thèse, elle projette de publier prochainement d’autres ouvrages du même genre.

Holy Danielle

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