Iloniaina Bardel Franck: un jeune diaspora malgache s’engage pour l’environnement

Du haut de ses 20 ans, Iloniaina Bardel Franck incarne une nouvelle génération de volontaires de la diaspora Malagasy qui a fait le choix de s’engager pour la protection de l’environnement. Interview.

*Les Nouvelles : Comment se fait-il qu’un jeune de la diaspora malgache en France, atterrit à Madagascar ?

– Iloniaina Bardel Franck : Je suis né de mère malgache et de père français. Je vis à Rouen, en France, mais j’ai passé les sept premières années de ma vie à Antsirabe. Actuellement, je viens d’obtenir un baccalauréat professionnel en Gestion des milieux naturels et de la faune (GMNF), où j’ai pu acquérir de solides connaissances en écologie et en environnement.

*Pourquoi devenir volontaire ?
– Mon désir de faire du volontariat a été déclenché par l’opportunité que m’a offerte le programme Loharano II du projet « Tady » du ministère des Affaires étrangères. Un programme financé par l’AFD et mis en œuvre par OIM Madagascar, Expertise France et l’IRD. En voyant la richesse de la biodiversité malgache s’effondrer à cause du réchauffement climatique et des actions humaines, je voulais contribuer au développement social et environnemental de mon pays de natal. J’ai choisi la mission « Razan’ny Vohibola » car elle correspondait parfaitement à mes valeurs, celles de protéger notre environnement malgré les défis que nous rencontrons.

* Quelles sont vos missions à Vohibola ?
– Ma mission principale consiste à préparer des reboisements car actuellement la forêt de Vohibola est à moitié brûlée, non seulement pour des causes climatiques mais aussi par des feux de forêt effectués par des humains qui l’exploitent pour ses bois précieux ainsi que le charbonnage. Le travail implique la fabrication de pots, la mise en terre, la recherche de graines et la plantation. Je travaille avec une équipe de cinq personnes, dont quatre villageois. Pour chaque reboisement, nous devons produire environ 2.000 pots tous les deux à trois mois.
Je m’occupe également de la sensibilisation des villageois à l’apiculture à travers le projet « les butineurs de demain ». Une initiative qui peut devenir une source d’Activités génératrice de revenus (AGR) durable pour eux.

. Rien à voir avec votre quotidien en France…
– Être en brousse est un véritable changement pour moi, par rapport à mon quotidien en France. Ici, j’apprécie la tranquillité des lieux, la possibilité de balader dans la forêt et faire des échanges avec les villageois. Leur accueil chaleureux m’a fait sentir d’être chez moi dès le premier jour. Bien que la vie d’ici soit dépourvue de certaines commodités, chaque moment passé avec eux est une leçon d’humilité et de résilience.

. Quels sont les défis que vous avez rencontrés en tant que volontaire ?

– La barrière de la langue a été le premier défi majeur. J’ai dû apprendre le betsimisaraka pour pouvoir communiquer. De plus, la différence culturelle est frappante car je suis souvent considéré comme un « Vazaha », c’est-à-dire un étranger. Cependant, ces défis m’ont aidé à mieux comprendre la réalité des villageois.

. Quel impact vous espérez laisser après votre passage ?
– Je souhaite que mon travail à Vohibola contribue à sensibiliser les villageois aux enjeux environnementaux. J’espère que les futures générations pourront vivre en harmonie avec leur forêt, en comprenant les enjeux climatiques. Chaque pot que nous plantons est une promesse pour l’avenir.
. Vos perspectives après cette expérience ?

– Vohibola est devenu plus qu’un simple lieu pour moi. C’est un symbole de ma maturité à l’âge adulte. J’espère poursuivre des projets similaires vers d’autres pays et continuer à défendre notre environnement. Mais je souhaite aussi revenir à Vohibola pour voir l’évolution du projet et retrouver les liens que j’y ai tissés.

Propos recueillis par Sera R.

Partager sur: