Le championnat du monde de bodybuilding WBPF bat son plein à Batam, en Indonésie, jusqu’au 17 novembre, mais la présence malgache y reste désespérément timide, presque fantomatique. Seulement deux athlètes portent les couleurs de Madagascar cette année, là où d’autres nations alignent des délégations complètes et bruyantes. Une maigre récolte qui en dit long sur l’état de la discipline chez nous.
Rado Rakotomandimby, en catégorie 80-85 kg (Bodybuilding), et Maurice Marinjara, chez les moins de 175 cm (Classic Physic), sont les deux seuls courageux à avoir franchi l’océan Indien. Et ils l’ont fait sans le moindre rond de l’État. Le ministère de la Jeunesse et des Sports, sous la houlette du nouveau ministre Alain Désiré Rasambany, a purement et simplement oublié le bodybuilding dans ses priorités budgétaires. Pas un centime, pas un billet, pas même un mot d’encouragement officiel. Pendant que d’autres disciplines sportives malgaches ont été reçues, nos deux athlètes ont dû se débrouiller seuls, la poche remplie grâce au secteur privé et à leur détermination farouche.
Aucun représentant de la fédération malgache de bodybuilding n’a pu faire le déplacement. Les moyens manquent cruellement. À Batam, Rado et Maurice gèrent tout seuls : pesée, inscription, récupération, stratégie, solitude dans les coulisses face à des délégations suréquipées. Ils portent le maillot national, mais sans l’ombre d’un staff derrière eux.
« Leur parcours reste semé d’embûches et l’on espère qu’ils sauront garder le cap », confie Georgii Vernier, président de la Fédération, la voix pleine de regrets. Il ajoute que, même avant le départ, les deux hommes ont dû affronter des galères quotidiennes : manque de compléments protéinés décents, accès limité à une vraie salle, régime alimentaire bricolé à la dernière minute. Pourtant, ils ont choisi de partir. Par fierté. Par amour du drapeau. Par refus de laisser le bodybuilding malgache mourir dans l’indifférence.
Maurice Marinjara, lui, n’est pas un inconnu sur la scène mondiale. Médaille de bronze en 2019, médaille d’argent en 2021 : il sait ce que représente un podium WBPF. Cette année encore, il arrive avec l’expérience et la rage de celui qui n’a plus rien à prouver aux autres, mais tout à démontrer pour le pays qui l’a abandonné en chemin.
Naisa




