Stade Barea: une reprise de la gestion qui cache des couacs

Le ministère de la jeunesse et des sports a claironné haut et fort la reprise intégrale de la gestion du Stade Barea. Dans son communiqué, il a été indiqué de poursuivre les travaux de mise aux normes et de déposer un « dossier officiel de demande d’homologation » auprès de la Confédération africaine de football. Le tout sous la baguette du ministre Rasambany Alain Désiré, comme si l’affaire était déjà pliée et que le stade allait enfin retrouver sa place parmi les enceintes homologuées du continent.

Sauf que, comme souvent à Madagascar, la communication ministérielle prend quelques libertés avec la réalité des textes. Et quand on scrute le règlement de la Caf sur les stades, la douche est froide.
D’abord, un détail qui a son importance. Seul un membre associatif de la Caf, c’est-à-dire la fédération nationale ou un club, peut solliciter une inspec­tion. Un ministère même bardé de bonnes intentions, n’est pas habilité à le faire. L’article 4 est formel : c’est l’association membre (ici la FMF) ou le club qui doit formuler la demande. Le ministère peut bien gérer le stade au quotidien, il n’en reste pas moins hors-jeu sur ce terrain-là. Autrement dit, c’est la FMF qui devra monter au créneau, pas le MJS.
Ensuite, parlons vocabulaire. On nous vend une «de­mande d’homologation» en janvier 2026. En réalité, il s’agira d’une demande de réinspection. Le Stade Barea a déjà été inspecté par le passé, retoqué, puis partiellement corrigé. On n’est plus dans la procédure initiale d’homologation, mais dans le régime bien plus contraignant de la réinspection. Et là, la Caf change la donne : tous les frais (déplacement de l’inspec­teur, per diem, etc.) sont à la charge exclusive de l’association membre.
Enfin, le calendrier annon­cé sent le bricolage. Déposer la demande en vue d’une inspection en janvier 2026 suppose qu’un match officiel soit programmé au plus tôt fin mars ou début avril 2026, puisque le règlement impose un délai minimal de 75 jours avant la rencontre concernée. Or, personne n’a encore la moindre idée sur la date du prochain match des Barea à domicile dans une compétition Caf.

Pas de base juridique
A ce jour et c’est là le hic : la reprise de la gestion par le ministère n’a aucune base juridique solide. La gestion avait été confiée à la société anonyme Kianja Barea par dé­cision en conseil des mi­nistres. Pour la reprendre, il faut exactement le même niveau de décision : un nouveau passage en conseil des ministres. Tant que ce décret n’est pas publié, le ministère gère dans les faits, mais pas en droit. Une situation bancale qui pourrait, le jour où un contentieux éclate, transformer le beau projet en fiasco juridique.
Bref, derrière l’enthousiasme affiché, on retrouve les vieux démons malgaches : annonce tonitruante avant d’avoir réglé les aspects techniques, juridiques et fi­nanciers. Le Stade Barea mérite mieux que des effets d’annonce. Avant de vendre la peau de l’ours, assurons-nous déjà que nous avons les moyens de l’entretenir. Pour l’instant, on en est encore loin.

Naisa

Partager sur: