Sous les lumières vives de la Mubadala Arena, l’Abu Dhabi World Youth Jiu-Jitsu Championship 2025 a ouvert ses bras à une génération de guerriers en herbe venus des quatre coins du globe. Parmi cette marée de ceintures bleues affûtées comme des lames, deux âmes malgaches ont tracé leur sillon hier, dans la fournaise des catégories Youth GI. Nofy Chuk Hen Shun, une tornade de 17 ans en 57 kg féminin, a illuminé le bracket de ses soumissions fulgurantes, tandis qu’Aiky Rajaonson, ce prodige de 15 ans en 66 kg masculin, a offert une résistance farouche avant de plier bagage.
Sur les tapis bleus immaculés, bordés de bannières flottant comme des drapeaux de trêve précaire, et au centre, Nofy Chuk Hen Shun qui entre en lice pour les seizièmes de finale. Face à elle, Maryam Bouars, une Française de 17 ans au regard d’acier, rodée aux tournois hexagonaux. Mais Nofy, avec cette faim vorace qui caractérise les combattantes malgaches nourries aux rigueurs de l’océan Indien, ne laisse aucune brèche. Dès le coup d’envoi, elle enchaîne un take-down précis, suivi d’un side control impitoyable qui étouffe les velléités adverses. Les points s’accumulent comme des vagues sur une plage d’Antananarivo : 13 à 1.
Ce succès propulse Nofy dans l’arène des huitièmes, où l’attend Mya Dorazahi, une Canadienne au style fluide. Là encore, la jeune Malgache déploie son arsenal avec une économie de mouvements qui frise l’art poétique. Un clinch serré, un passage de garde éclair, et voilà Dorazahi coincée sous un mount qui pèse comme un rocher volcanique. Sept points à zéro, sans accroc, sans une once de gaspillage.
Mais le jiu-jitsu, ce noble art de l’étreinte fatale, n’offre pas de couronnes sans épreuve. Aux quarts de finale, Nofy croise la route de Maya Ishakat, une Jordanienne de 17 ans dont la réputation de « la machine du désert » n’est plus à faire. Ishakat, avec son poids plume et sa vitesse de lynx, inverse les rôles dès les premières secondes : un double-leg takedown qui plaque Nofy comme une feuille d’hibiscus sous l’orage. Dix points à zéro, un shutout clinique où la Malgache, pour la première fois, goûte à la morsure du dos exposé. Une défaite ? Peut-être. Mais dans les cercles du jiu-jitsu, ce revers n’est qu’un kimura en attente, un setup pour une revanche qui sent déjà le soufre.
De l’autre côté du bracket masculin, en 66 kg Youth GI, Aiky Rajaonson porte l’étendard malgache avec la fougue d’un gamin qui a grandi en sautant des vagues à Nosy Be. À 15 ans, il n’est pas le plus massif, ni le plus expérimenté, mais son cœur bat au rythme des tambours sakalava. Les 32es de finale le jettent dans le creuset face à Carlos Noronha de Carvalho, un Brésilien de 17 ans dont le nom évoque déjà les favelas de Rio et leurs usines à champions. Pas de soumission, juste des points froids, accumulés comme des dettes impayées. Pour Rajaonson, c’est la douche écossaise : l’entrée en lice sur la scène mondiale, avec son cortège de leçons amères. À cet âge, où les os sont encore malléables et l’esprit une éponge assoiffée, une telle opposition forge plus qu’elle ne brise, elle polit l’acier pour les prochains rounds.
Naisa




