Le bras de fer entre les opérateurs et le gouvernement continue. En attendant le dénouement, les consommateurs continuent à subir. L’internet reste un luxe et un mal nécessaire à Madagascar.
À travers un communiqué conjoint, le gouvernement de Madagascar, appuyé par le ministère du Développement numérique, des Postes et des Télécommunications, le ministère de la Communication et de la Culture et le ministère de l’Économie et des Finances, a exprimé avec fermeté son intention d’engager une réforme profonde du coût de l’accès à l’internet.
En effet, pour les autorités, il ne s’agit plus d’un simple débat commercial mais d’un enjeu fondamental de justice sociale et de développement national. Dans un contexte où les technologies numériques structurent désormais l’éducation, l’économie et même la gouvernance, limiter l’accès à internet par des prix excessifs revient, par conséquent, à priver une partie de la population de perspectives d’avenir.
Ainsi, l’internet n’est plus perçu comme un produit accessoire réservé à quelques-uns mais bien comme un bien essentiel de première nécessité.
Toutefois, malgré l’ampleur de ces enjeux, les propositions actuelles des opérateurs sont jugées largement insuffisantes. D’une part, les baisses annoncées sont temporaires et ciblent des volumes limités de données, ce qui restreint considérablement leur impact réel sur le quotidien des usagers. D’autre part, ces offres sont conditionnées et ne concernent pas les usages essentiels tels que l’éducation à distance, la recherche d’information ou l’entrepreneuriat numérique.
Par conséquent, le Gouvernement estime que ces ajustements ne constituent pas une réforme mais plutôt une réponse minimale à une pression populaire croissante. En d’autres termes, les autorités dénoncent une politique de façade qui ne modifie en rien la structure profondément inégalitaire du marché.
En outre, l’argument central avancé par l’État repose sur une injustice économique manifeste. En effet, dans le système actuel, les ménages les plus modestes paient proportionnellement davantage que les foyers aisés. Alors que les plus pauvres se contentent de petites unités payées au prix fort, les consommateurs disposant de ressources supérieures bénéficient de tarifs dégressifs bien plus avantageux.
Dès lors, cette logique engendre une fracture qui accentue les écarts sociaux au lieu de les réduire. Ainsi, loin d’être un outil d’émancipation, l’internet devient un facteur supplémentaire de précarisation pour les populations les plus vulnérables.
Par ailleurs, les autorités contestent vigoureusement les exigences fiscales formulées par les opérateurs. Ces derniers réclament la suppression immédiate de taxes spécifiques au secteur sans fournir de garanties fiables quant à une baisse effective des prix pour les consommateurs. Or, le Gouvernement considère qu’accepter une telle requête reviendrait à affaiblir les finances publiques au profit d’intérêts privés. En conséquence, il refuse de fonder sa politique budgétaire sur des projections établies par des acteurs économiques dont les objectifs sont, avant tout, commerciaux. De ce fait, l’exécutif affirme que toute réforme fiscale doit être encadrée, mesurable et soumise à des mécanismes de contrôle stricts.
Dans cette perspective, l’État annonce la mise en place prochaine de nouveaux décrets destinés à réguler les pratiques du secteur, à renforcer la protection du consommateur et à supprimer les entraves artificielles à l’accès au numérique. De plus, si les blocages persistent, le Gouvernement n’exclut pas d’introduire de nouvelles mesures législatives et d’encourager l’ouverture du marché à davantage de concurrence. Ainsi, le message adressé aux opérateurs est sans équivoque. Le progrès numérique du pays ne saurait être dicté par des logiques purement financières mais devra s’inscrire dans une vision nationale fondée sur l’équité, la transparence et l’intérêt collectif.
“Je dépense 15% de mon salaire”
Faly est community manager, et perçoit un revenu mensuel d’un million d’ariary.
“Toute mon activité repose intégralement sur l’internet. En effet, je produis du contenu, je gère des pages professionnelles, je communique avec mes clients et j’analyse des performances numériques au quotidien” expose-t-il. “Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les conditions de travail sont loin d’être idéales. Bien souvent, je suis contraint de travailler exclusivement depuis mon téléphone portable, soit parce que l’électricité est instable, soit parce que je suis en déplacement, soit parce que le matériel informatique est indisponible” poursuit-il. “Par conséquent, mon smartphone n’est pas un simple outil de secours mais devient mon principal moyen de subsistance.”
“De ce fait, ma consommation de données mobiles est élevée. Je recharge environ deux gigaoctets tous les deux jours afin d’assurer mes obligations professionnelles. Chaque recharge me coûte un peu moins de dix mille ariary, ce qui représente près de cent cinquante mille ariary par mois consacrés uniquement à l’internet. Or, rapportée à mes revenus, cette dépense équivaut à environ quinze pour cent de mon budget global. Autrement dit, une part significative de mes ressources mensuelles est absorbée par un service indispensable mais hors de prix”, soupire-t-il.
D’après les dires de ce jeune, la qualité de service n’est pas forcément au rendez-vous. “Par ailleurs, cette charge financière ne garantit en rien une connexion de qualité. Bien au contraire, la performance du réseau varie fortement selon les lieux. En effet, il suffit parfois de changer de quartier pour constater une dégradation brutale de la vitesse. Chercher une information ou regarder une vidéo de formation devient alors une épreuve de patience. De même, participer à une réunion en ligne se transforme souvent en expérience frustrante en raison des coupures fréquentes et des délais de chargement excessifs. Par conséquent, travailler dans ces conditions exige une énergie considérable et nuit directement à la productivité.”
Tiana Ramanoelina




