Lors de la célébration du 35e anniversaire de la chorale M.F.K. (Miantsa ny Fitiavan’i Kristy), le 30 novembre à la cathédrale de Toamasina, le cardinal Désiré Tsarahazana a livré un message fort. Dans une homélie dense, l’archevêque a mis en cause la responsabilité collective des chrétiens dans la persistance de la pauvreté et des injustices à Madagascar.
«Nous, chrétiens, sommes en grande partie responsables de la pauvreté qui sévit dans notre pays», a lancé le cardinal dès les premières minutes de son intervention. D’un ton calme mais assuré, il a dressé un constat sévère : le décalage croissant entre une identité chrétienne revendiquée et des comportements qui, selon lui, ne reflètent ni l’Evangile ni l’éthique sociale que celui-ci suppose.
« 95 % de ceux qui dirigent nos institutions, nos entreprises, nos services publics se disent chrétiens », a-t-il rappelé. « Mais cette foi reste souvent un décor, quelque chose qui se voit mais ne se vit pas. »
Pour le Cardinal Désiré Tsarahazana, la religion cache des pratiques politiques et économiques marquées par la corruption, l’indifférence et les privilèges, autant de mécanismes qui augmentent les inégalités au sein de la société malgache.
Le cardinal Tsarahazana n’a pas hésité à dénoncer ce qu’il appelle une spiritualité de façade. « Nous faisons du cinéma quand nous prions, a-t-il accusé. La vraie foi exige un changement de vie. » Ce reproche s’adresse aussi bien aux responsables politiques qu’ aux simples fidèles. Pour lui, la religion ne peut être réduite à des rites ou à des déclarations d’appartenance. Elle doit être un moteur de transformation sociale, un engagement concret en faveur de la justice et du bien commun.
Son message intervient dans un contexte où Madagascar, malgré une forte religiosité visible, reste confronté à des défis majeurs : pauvreté extrême, infrastructures insuffisantes, corruption, système scolaire fragilisé, difficultés sanitaires. Autant de réalités auxquelles l’Eglise catholique, souvent très influente dans le débat public, ne peut rester indifférente.
Le cardinal Tsarahazana a insisté sur la nécessité pour les croyants de s’interroger sur la sincérité de leur engagement spirituel. « Etre chrétien n’est pas un titre, c’est une mission, a-t-il souligné. Si notre foi n’améliore pas la vie de ceux qui nous entourent, alors elle ne sert à rien. » Le changement qu’il recommande n’est pas seulement spirituel; il est aussi social et citoyen.
N.A.




