Judo: Laura et Zo ont fait chanter le classement IJF

Elles n’ont pas simplement grimpé d’un rang ou deux : elles ont forcé la porte d’un monde qui ne les attendait pas. Quand le classement IJF est tombé hier, deux noms malgaches ont fait trembler l’ordre établi, comme un coup de pied dans la fourmilière des favorites éternelles.

Laura Rasoanaivo-Razafy, la gamine d’Ambohimangakely qui rêvait devant les vidéos floues de Lucie Décosse, se retrouve désormais 20e mondiale en -70 kg. Ving­tième. Un chiffre qui sonne comme une provocation quand on sait d’où elle vient. L’année avait pourtant commencé dans l’ombre : un Grand Chelem de Paris en février, une élimination précoce, dix petits points à peine, presque une insulte. Puis tout a basculé. Avril, Abidjan, finale continentale gagnée au golden score contre une Tunisienne qui la do­minait depuis trois ans : 800 points tombés comme une pluie d’or sur son kimono trempé. Juin, Budapest, les Mondes. Elle avance, elle avance encore, jusqu’en 16e de finale. 320 points supplémentaires. On commence à prononcer son nom avec un soupçon de crainte dans les couloirs du Palais des Sports. Et puis Abu Dhabi, la semaine dernière. Elle entre sur le tatami avec la rage calme de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Quarts de finale perdu d’un cheveu, mais 7e place finale et 260 points qui claquent comme un ippon. Résultat : 2.166 points au compteur, une place dans le top 20, et des grandes nations qui se mettent à cocher « Madagascar » sur leurs tableurs.
A l’étage au-dessus, en -78 kg, Zo Andriambololona joue une autre partition, plus lente, plus lourde, plus tellurique. Elle ne fait pas de bruit, elle déplace des montagnes. On l’a vue à Saint-Denis en février, balayer quatre adversaires comme on chasse des mouches, repartir avec l’or et un sourire discret. Pretoria, les sélections, la routine continentale. Et puis dimanche, encore Abidjan, encore ce tatami brûlant de Côte d’Ivoire. Finale perdue contre Lou Carlie Bah, oui, mais argent autour du cou et 70 points qui font basculer le classement. 80e mondiale. Un rang qui ne dit pas tout le chemin parcouru, tous ces sacrifices d’une fille qui a choisi le judo plutôt que la facilité.
Deux femmes, deux catégories, deux histoires qui se croisent sans se ressembler. L’une explose, l’autre creuse. L’une fait la Une, l’autre construit dans l’ombre. Mais ensemble, elles viennent de signer le plus beau hold-up silencieux que le judo africain ait connu depuis longtemps. Elles ne demandent plus la permission d’exister : elles prennent la place qui leur revient, point par point, ippon par ippon.

Naisa

Partager sur: