Karine Rabefaritra : “Évoluer en constance est possible avec un travail sur soi”

Karine Rabefaritra, parlez-nous un peu de vous. Qui êtes-vous et comment vous décrivez-vous, en tant que femme, en tant que personne, en tant que leader d’aujourd’hui ?
K.R : En tant que femme, je suis très reconnaissante par rapport aux femmes qui se sont battues des années précédentes pour tous les droits qu’on a occupés. Et j’aime à croire qu’il devrait être normal d’avoir des droits égaux puisqu’il n’y a pas de genre meilleur qu’un autre.
Si on parle de mon parcours, j’ai fait des études avec en fil rouge un amour inné des mots et de la stratégie. La stratégie au sens pur, presque ludique, de comment est-ce qu’on arrive d’un point A à un point B, de la lecture des dynamiques entre les personnes, entre les sociétés, entre les gens, l’amour des challenges compliqués. Voilà pourquoi on va dire que tout mon parcours jusqu’ici s’est fait dans la communication, mais cela a toujours été une communication dans des secteurs avec d’autres composantes. Ensuite, dans les médias, mais le fil conducteur est resté le même: la réflexion, les mots, la communication stratégique, l’observation des schémas complexes à clarifier.

D’ailleurs, c’est comme ça que j’ai créé l’agence Dujardin Delacour & Cie, qui va avoir 17 ans cette année. Nous parlons de secteurs sensibles, d’acteurs qui sont plutôt soit des grands projets, soit des grands groupes, soit des groupes engagés.
La constante de mon parcours, notamment durant ces 17 ans, ce sont les relations humaines. Et, quelque part, ce que je fais aujourd’hui de manière complémentaire, qui est du coaching en transition et en transformation. Je l’ai déjà fait à l’échelle de l’entreprise, et j’ai commencé à le proposer aux personnes à titre individuel il y a de cela plus de 7 ans.

J’ai toujours adhéré aux challenges. Et mon travail, c’est de comprendre les indicateurs et les ingrédients d’une situation ou d’un schéma donné, et d’accompagner et de conseiller le parcours vers les changements souhaités d’image, de congruence, de réputation.

En 2026 actuellement, quels sont les challenges, les défis et les réalités affrontés par les femmes aujourd’hui ?
K.R : Je voudrais dire d’abord que je ne représente pas toutes les femmes leaders malgaches. Je partage mon point de vue au titre d’entrepreneur.

Tout le monde a vu les événements qui ont eu lieu l’année dernière. En tant que dirigeante d’entreprise, ce genre de situation là, même si ce n’est pas la première fois qu’on vit ce type de crise politique, ça a des impacts sur la stabilité. Ce type d’événement a forcément un impact. Je pense que beaucoup hommes ou femmes pensent de la même manière. Nous sommes garants de la stabilité et du moral de nos collaborateurs. Comment est-ce qu’on va avancer dans un environnement qui est totalement incertain ? Et là, j’emprunte les mots d’un de mes anciens mentors qui disait “Quand tout est incertain, il faut créer sa certitude.”

En tout cas, ce que je vois, c’est que tous les gens confondus que j’accompagne sont un peu perdus par rapport aux perspectives futures. On a vu des graines d’optimisme, peut-être d’élan, d’espoir de changement se créer en octobre 2025. Mais maintenant, on est un peu dans l’expectative. On essaie d’avoir un peu une cardio émotionnelle pour garder cet espoir qu’on peut changer les choses. Et finalement, à ma mesure, je reviens à créer mes propres certitudes.

Le challenge aujourd’hui pour moi, est de rassurer, d’être rassurée. C’est la première chose. La deuxième chose, c’est de créer mes propres chances et nos propres opportunités par rapport à l’agence et par rapport au marché tout simplement. Que ce soit moi en tant que coach ou l’agence que je dirige en tant qu’agence, il y a des challenges, il y a des choses qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. Et c’est la coach de basket Dawn Staley qui disait, “on se donne 24 heures pour accepter le résultat d’un match, qu’il soit top ou pas”. Je me donne 24 heures pour le digérer et après on retourne sur le terrain.
Il y a cet événement “Level up” prévu commencer ce 8 mars. À qui est-ce destiné ?
K.R : Première chose, en ce moment, on n’est pas joyeux. Tout le monde est un peu comme ça en se disant, qu’est-ce que ça va devenir demain, etc. Lorsqu’on est entrepreneur et lorsque nous avons des familles qui comptent sur nous à travers les collaborateurs, on ne peut pas se permettre de plonger dans la déprime parce que ça ne fait du bien à personne. Donc, j’ai vu énormément d’ateliers, de journées, d’offres qui sont faites autour du 8 mars pour tous les endroits.

Et nous, ce qu’on voulait proposer, c’est quelque chose de différent. Ce n’est pas un atelier motivationnel où on va regarder des gens, expliquer leur succès, etc. On voulait quelque chose, on voulait une journée qui soit le mix d’une journée de retraite spa, c’est très féminin, ou d’une retraite dans une bulle, d’une journée de vacances top, et outiller des femmes à redémarrer dès le lundi sur les projets qui sont prioritaires pour elles. Parce que c’est une dimension qui est importante, femme ou homme.

Ce 8 mars au Tahala Mielohasina Ambohimalaza, on ne va pas dépasser 44 femmes. Ce groupe de femmes-là, ce sont des femmes qui, au quotidien, ont des multi-casquettes. Elles sont entrepreneures ou managers ou directrices, mais ce sont des mères, ce sont des femmes, ce sont des filles leaders. On les accompagne et on se focalisera sur leurs priorités.

Donc, il y aura du concret pour les participantes ? Des choses à capitaliser par la suite ?
K.R : Oui, on va leur offrir quatre ateliers dont le premier va se faire avec Nilda Sandia. Son travail, c’est d’observer ce qui freine, ce qui bloque et ce qui se répète. Essayer de voir quels sont les schémas qui marchent et ceux qui ne marchent pas. Et de mettre des mots sur les peurs et les croyances.

Avec Zara Jinah, ce sera la danse à travers le mouvement, le rythme et l’énergie. Parce qu’elle apprend aux femmes à revenir dans leur corps et à ressentir leur corps. Apprendre l’équilibre et la présence. C’est peut-être là la dimension la plus féminine de cette journée.
Ma partie, c’est le troisième atelier. Je suis très pratique dans mon coaching, je n’ai pas de coaching théorique.. C’est-à-dire que je donne des outils parce que c’est mon rôle. Et nous allons appliquer une méthode claire, pour qu’en sortant de là, elles auront chacune leur “action board”.

Enfin, il y a un espace qui sera tenu par Midi Rajaobelina. Elle a un espace d’écoute de soi. Un espace d’alignement. Un aspect qui est très important pour nous lorsqu’on parle de clarté mentale pour passer à l’action, et le côté spirituel, c’est-à-dire comment garder sa foi, sa joie et son espoir vivants.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles d’aujourd’hui ?
K.R : Pour moi, une femme est leader quand elle incarne sa passion. Elle n’a pas forcément des followers, mais elle doit incarner ses rêves. Elle ne doit pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre. Et c’est ce qui demande le plus de courage. Comme avec ma propre fille, je conseille aux jeunes filles de croire en leurs rêves. Une deuxième chose, on dit souvent que derrière un grand homme, il y a une grande femme. Pour moi, autour d’une femme forte, il y a un cercle d’amis sûrs. C’est son système émotionnel.

Je pense que ce sont les rêves les plus durs qui donnent le plus de satisfaction. Et ça vaut pour les femmes et les hommes. Ce sont les rêves les plus durs auxquels on tient le plus qui nous demandent le plus de larmes, le plus de sueur, le plus grand nombre de pas tous les jours. C’est ça qu’il faut oser faire car le résultat, c’est nous.

Propos recueillis par
Tojo Rastefa

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