Taxe sur les véhicules à moteur: l’Assemblée nationale face à ses responsabilités

La polémique sur la Taxe sur les véhicules à moteur (TVM), dépasse désormais le seul cadre fiscal. Malgré que son entrée en vigueur soit reportée, cela n’a pas empêché de défrayer la chronique. Le débat s’est même déplacé sur le terrain politique, mettant en cause la crédibilité et la responsabilité de l’Assemblée nationale, dans l’examen des lois de finances.

Face à la colère populaire, le président de l’Assem­blée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, a tenté de calmer la situation. «C’est le régime précédent qui a instauré la TVM. Quant à nous, nous proposons au­jourd’hui de la supprimer, lors de l’examen de la Loi de finances rectificative, afin d’alléger les charges qui pèsent sur la population et de promouvoir davantage la jus­tice et l’équité», a-t-il annoncé.
«Notre position est claire. L’Etat ne doit pas continuellement augmenter les im­pôts prélevés sur les ci­toyens, il doit plutôt améliorer le respect des lois et la qualité de la gestion publi­que», a-t-il insisté.
Mais cet argument peine à convaincre l’opinion pu­blique. Car si la TVM existait auparavant, sa réintroduction dans le dispositif fiscal de 2026, n’est pas le résultat d’une décision prise durant le régime Rajoelina. Elle fi­gure dans la Loi de Finances Initiale 2026, adoptée par les députés eux-mêmes le 25 novembre 2025.
C’est précisément cette tendance à rejeter la responsabilité sur les autres, qui provoque l’indignation. Les citoyens ne comprennent pas comment les mêmes élus qui ont adopté une disposition fiscale, peuvent désormais se présenter comme ses principaux opposants. Dans ce cas, on se demande si les députés ont réellement examiné le texte qu’ils ont adopté. La qualité du travail parlementaire est pointée du doigt. Le vote du budget de l’Etat n’est pas une formalité administrative. Il constitue l’un des actes les plus importants du mandat d’un dé­puté. Chaque taxe, chaque dépense, chaque mesure ayant un impact sur la population, est censée faire l’objet d’un examen rigoureux avant son adoption.
Or les déclarations de Siteny Randrianasoloniaiko donnent l’impression d’une Assemblée nationale découvrant après coup le contenu d’une loi qu’elle a elle-même approuvée. Dans ce cas, soit les députés n’ont pas prévu les conséquences de la mesure lors de l’examen du texte, soit ils n’ont tout simplement pas lu le projet de loi dans son intégralité.
Dans les deux cas, le constat est préoccupant. Si les élus n’ont pas mesuré la portée de leur vote, cela ré­vèle une défaillance majeure dans le contrôle parlementaire. Aujourd’hui, ils cherchent à faire porter le chapeau au précédent régime ou à l’administration fiscale.

Indéfendable
Pas dupes du tout, de nombreux citoyens rappellent que la TVM n’a pas été imposée par décret ni introduite discrètement par l’administration. Elle a été intégrée dans la loi budgétaire adoptée par l’Assemblée nationale. Dès lors, la tentative de présenter l’Assem­blée nationale comme le défenseur de la population contre une mesure qu’elle a lui-même validée apparaît, pour beaucoup, comme une manœuvre difficilement dé­fendable.

Tivo Rasam

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