À l’approche de chaque 26 juin, aussi étrange que cela puisse paraître, le même rituel revient. Des campagnes de sensibilisation sont lancées et des appels sont adressés aux citoyens pour qu’ils hissent les couleurs nationales devant leurs maisons. Cette année encore, le Comité technique national d’organisation de la Fête nationale sillonne, encore une fois, les quartiers pour rappeler ce geste symbolique.
L’initiative est louable. Il faut signaler que le drapeau national est bien plus qu’un morceau de tissu flottant au vent. Il incarne l’histoire, des sacrifices, la souveraineté et une identité commune. Et donc, c’est le symbole visible de ce qui rassemble au-delà des différences. Pour autant, une question mérite
d’être posée, comment se fait-il qu’après soixante-six années d’indépendance, il faille encore rappeler aux citoyens de hisser leur drapeau ?
La réflexion n’est donc pas dirigée contre les campagnes de sensibilisation. Elles ont leur utilité et témoignent d’une volonté de renforcer l’esprit patriotique. Mais le patriotisme ne devrait-il pas être un réflexe plutôt qu’une consigne ? Une habitude plutôt qu’une obligation morale répétée chaque année ?
Dans de nombreux pays, l’attachement aux symboles nationaux s’exprime naturellement lors des grandes célébrations. Les drapeaux apparaissent spontanément aux fenêtres, sur les balcons ou dans les jardins. Cela se voit par exemple lors des compétitions internationales, comme le foot actuellement. Personne n’a besoin de convaincre les citoyens de participer. Le geste est devenu automatique, parce qu’il est profondément ancré dans la culture collective.
Chez nous, pourtant, la situation est différente. Est-ce un manque d’attachement à la nation ? Difficile d’y répondre. Les Malgaches ont démontré à plusieurs reprises leur amour du pays, notamment dans les moments difficiles. Mais peut-être que le lien avec les symboles nationaux mérite d’être davantage cultivé dès le plus jeune âge. Peut-être aussi que le patriotisme ne peut se limiter à quelques jours de festivités dans l’année.
Car le drapeau ne prend véritablement son sens que lorsqu’il reflète une réalité vécue au quotidien. Il flotte plus haut lorsque les citoyens se sentent pleinement associés à la construction nationale, lorsque les services publics fonctionnent, lorsque l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers.
Le défi est donc double. Continuer à valoriser les emblèmes de la République mais aussi créer les conditions pour que chaque citoyen se reconnaisse naturellement dans ce qu’ils représentent. Le jour où les drapeaux apparaîtront spontanément dans chaque quartier, sans distribution ni rappel, ce ne sera pas seulement une victoire de la sensibilisation et de l’éducation.
Ce sera le signe que le patriotisme est devenu une évidence partagée. D’ici là, les campagnes de sensibilisation ont encore leur raison d’être.
Rakoto




