La RSE divise encore. Vernis marketing pour certains, véritable investissement et levier de développement durable, pour d’autres. Dans la réalité, les approches varient d’une entreprise à l’autre. Lorsque les budgets se resserrent, la RSE fait parfois partie des premiers postes remis en question. À l’inverse, certaines entreprises choisissent d’y investir davantage. La RSE est-elle réellement rentable pour les entreprises ? Améliore-elle leurs performances financières ? Ce que disent les études sur ce débat.
Qu’est-ce que la RSE ? Imaginez une entreprise comme un voisin dans un quartier. Un voisin peut se contenter de respecter la loi : ne pas faire trop de bruit, ne pas polluer au-delà de ce qui est autorisé. Ou bien il peut aller plus loin : entretenir son jardin pour que le quartier reste agréable, aider les voisins en difficulté, veiller à ce que ses activités ne nuisent pas à la santé de tous. La RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), c’est exactement ça, transposé à l’échelle d’une entreprise. Concrètement, elle repose sur quatre piliers : l’environnement (limiter la pollution, préserver les ressources naturelles), le social (bien traiter ses salariés, garantir des conditions de travail décentes), la gouvernance (être transparent, honnête dans sa gestion) et l’économique (contribuer positivement à l’économie locale plutôt que de l’assécher). En clair : une entreprise responsable ne se demande plus seulement “combien vais-je gagner ?”, mais aussi “quel est l’impact de mon activité sur les gens et sur la planète ?”.
Des résultats qui se mesurent
La RSE ne serait qu’un exercice de communication, un “greenwashing” destiné à redorer une image de marque sans rien changer sur le fond. Les chiffres racontent pourtant une autre histoire. Deux études académiques distinctes, relayées par Édith Ginglinger, professeure à l’Université Paris Dauphine-PSL, vont dans le même sens. La première, portant sur plus de 3 000 entreprises réparties dans 19 pays, montre que celles perçues comme les plus responsables ont mieux traversé la crise boursière de mars 2020. La seconde, publiée dans le Journal of Finance par Lins, Servaes et Tamayo, s’est penchée sur la crise financière de 2008 : les entreprises les mieux notées en RSE y ont affiché une performance opérationnelle supérieure de 13% à celle des moins bien notées, à situation comparable. Plus récemment, une étude menée en 2025 par le Mouvement Impact France et le cabinet Des Enjeux et des Hommes a constaté que les entreprises les plus engagées sur les sujets de la RSE étaient deux fois plus nombreuses à avoir atteint leurs objectifs de chiffre d’affaires entre 2022 et 2024. Autrement dit, la RSE agit comme un facteur de résilience, en particulier quand la conjoncture se dégrade.
Une étude publiée en 2022 dans l’International Journal of Accounting, Finance, Auditing, Management and Economics a analysé 154 grandes entreprises internationales pour voir si leurs engagements en matière de RSE avaient un impact sur leurs résultats financiers. Les chercheurs ont comparé leurs performances en matière d’environnement, de social et de gouvernance (les critères ESG) avec un indicateur de rentabilité appelé ROA, qui mesure la capacité d’une entreprise à générer des bénéfices avec ses actifs. L’étude montre que les actions liées à la RSE peuvent avoir un effet mesurable sur la performance financière des entreprises.
Ce constat se retrouve à d’autres échelles. Les indices boursiers spécialisés dans les valeurs les plus responsables ont affiché ces dernières années un écart de performance annuel moyen significatif par rapport aux indices traditionnels, porté notamment par une meilleure résistance en période de crise et un intérêt croissant des investisseurs institutionnels. Les entreprises les mieux notées bénéficient aussi souvent de meilleures conditions de financement : les prêteurs et les marchés valorisent la capacité à anticiper et gérer les risques sociaux et environnementaux, ce qui se traduit par un coût du capital réduit.
Toutefois, l’analyse révèle que les trois piliers de la RSE n’exercent pas la même influence. Le volet social est celui qui présente l’effet le plus marqué, avec une relation positive et statistiquement significative, suggérant qu’un meilleur engagement envers les salariés, les communautés ou les parties prenantes est associé à de meilleures performances financières. La gouvernance affiche également un impact significatif, mais l’analyse montre également que le renforcement de la gouvernance améliore les performances jusqu’à un certain seuil, au-delà duquel les bénéfices tendent à diminuer. En revanche, le pilier environnemental ne présente aucune relation statistiquement significative avec le ROA. Ces résultats montrent que la RSE ne constitue pas un levier uniforme de création de valeur : ses effets sur la performance financière varient selon les dimensions considérées, les aspects sociaux et de gouvernance apparaissant comme les principaux moteurs de création de valeur dans cette étude.
Des priorités qui divergent selon les continents
Si le principe est universel, les priorités, elles, varient considérablement d’un pays à l’autre et c’est peut-être la leçon la plus frappante de cette année 2026. À Madagascar, la RSE se construit résolument autour de l’environnement, pour une raison simple : l’économie du pays repose en grande partie sur l’agriculture et la transformation des matières premières locales, ce qui rend la préservation des ressources naturelles vitale pour la pérennité même des activités économiques. Le secteur privé y joue un rôle déterminant dans la gestion de ces ressources. L’État a d’ailleurs structuré cette dynamique en mettant en place une stratégie nationale de la RSE, complétée par un décret fixant des standards précis de gestion des déchets, relations de bon voisinage et inclusion.
En France et plus largement en Europe, le tableau est différent. Certes, la réglementation impose un cadre de plus en plus strict ; reporting extra-financier, taxonomie verte, devoir de vigilance et la biodiversité s’impose progressivement comme un enjeu stratégique au même titre que le climat. Mais dans l’opinion publique, l’environnement recule dans l’ordre des priorités : les Français placent d’abord la hausse des prix, la dette publique, la sécurité et l’immigration avant les questions écologiques. Un climat de “backlash” s’est même installé depuis 2025, avec des reculs sur certaines mesures environnementales européennes et un assouplissement des obligations de reporting pour de nombreuses entreprises.
Nambinina Jaozara




