Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina et la commission d’enquête parlementaire affichent une même ligne de fermeté face aux producteurs privés d’électricité. Les autorités dénoncent des contrats jugés déséquilibrés, évoquent des pratiques ayant lourdement pénalisé la Jirama et promettent d’aller jusqu’au bout de leurs investigations.
La pression monte autour du dossier Jirama. Entre les déclarations du président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, à Iavoloha, et le point de presse tenu hier à Tsimbazaza par la commission d’enquête parlementaire, les autorités ont clairement affiché leur volonté de revoir les contrats liant la compagnie nationale aux producteurs privés d’électricité (Enelec notamment) et d’en tirer toutes les conséquences.
Le PRRM n’a pas mâché ses mots. Selon lui, plusieurs localités, notamment Toamasina, Antsiranana et Mahajanga, continuent de subir des délestages alors que l’Etat est régulièrement amené à louer des groupes électrogènes pour pallier les insuffisances de production. « Madagascar est aux Malgaches. Si Enelec ne travaille pas correctement à Madagascar, qu’elle parte », a-t-il lancé, tout en dénonçant des actes de sabotage présumés et en exigeant que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Le colonel Michaël Randrianirina a également remis en cause certaines clauses contractuelles. Il a notamment déclaré que la Jirama verse systématiquement jusqu’à 65 % des montants prévus par certains contrats, quelles que soient les performances réelles des installations. Prenant l’exemple d’Antsiranana, il a indiqué qu’ un contrat prévoit une puissance de 18 MW, alors que seulement 11 MW seraient effectivement produits. Malgré cet écart, les paiements continueraient d’être effectués selon les dispositions contractuelles, une situation qu’il a qualifiée d’inacceptable pour les finances publiques.
Par ailleurs, la commission d’enquête parlementaire, composée de quinze députés, a indiqué disposer de six mois pour mener ses investigations, même si la complexité du dossier pourrait mobiliser l’ensemble de ce délai. Les parlementaires ont annoncé qu’ils rendront compte de l’évolution de leurs travaux tous les quinze jours et effectueront des descentes sur le terrain dans 47 sites à travers le pays, avec l’appui de la Cour des comptes, de la Jirama et d’experts indépendants.
Le député Pety Rakotoniaina, président de la commission, estime que les premiers éléments recueillis mettent déjà en évidence des contrats « déséquilibrés » et « lésant les intérêts de l’Etat ». Selon lui, près de 80 % de l’électricité consommée à Madagascar est produite par des opérateurs privés, alors que la Jirama en supporterait l’essentiel des charges financières, sans bénéfice réel pour les consommateurs ni pour l’entreprise publique.
Les élus ont notamment cité le cas d’un contrat signé en 2018 à Antsiranana. Celui-ci prévoyait la mise en service d’une capacité totale de 18,5 MW, dont 8,5 MW en thermique et 10 MW en solaire dans un délai de deux ans. D’après la commission, cette seconde phase n’aurait jamais été réalisée. Malgré cela, plusieurs avenants auraient été signés, permettant de prolonger le contrat et de maintenir les paiements dus par la Jirama.
Les députés dénoncent également le mécanisme dit du « take or pay », par lequel la Jirama est tenue de payer une partie importante de l’énergie prévue au contrat, même lorsque celle-ci n’est pas effectivement produite. Selon les explications fournies, cette obligation aurait initialement porté sur 60 %, avant d’atteindre 85 % à la faveur de différents avenants. Ils s’interrogent aussi sur le fait que la Jirama ait fini par prendre en charge le carburant destiné aux groupes électrogènes, alors que cette responsabilité incombait initialement au prestataire, sans révision du coût global du contrat.
Pour les membres de la commission, ces pratiques auraient contribué à fragiliser durablement la compagnie nationale. Ils n’excluent pas que des actes de corruption aient entouré la conclusion ou les modifications successives de certains contrats et estiment que l’ensemble des responsabilités devra être établi. Les autorités assurent ainsi que l’enquête ira jusqu’à son terme et que les contrats litigieux seront réexaminés afin de préserver les intérêts de l’Etat et des consommateurs.
S.A.




