L’électricité est devenue, depuis plusieurs années, le baromètre de la colère populaire à Madagascar. À chaque coupure, ce n’est pas seulement une ampoule qui s’éteint, ce sont des activités économiques qui ralentissent, des familles qui s’organisent dans l’incertitude et une confiance dans les institutions qui s’effrite un peu plus. À voir de près, le dossier de l’énergie dépasse donc largement la simple question technique du délestage. Il touche au cœur même de la stabilité sociale et politique.
Le président de la Refondation vient de hausser le ton en adressant un ultimatum à un prestataire privé chargé de la production d’électricité. A priori, le message est clair, les opérateurs doivent désormais répondre aux attentes de la population, notamment dans les régions qui continuent de subir quotidiennement les coupures. Antsiranana, Toamasina, Mahajanga et d’autres localités ne veulent plus entendre parler de promesses ; elles veulent de la lumière.
Cette fermeté intervient dans un contexte particulier. Car la crise énergétique n’est pas un simple épisode administratif ou financier. Elle a déjà eu des conséquences politiques majeures. En septembre dernier, les problèmes persistants d’électricité ont été l’un des éléments déclencheurs de la mobilisation de la Gen Z, révélant une frustration profonde d’une jeunesse qui ne supportait plus de vivre avec des services publics défaillants. L’électricité est ainsi devenue le symbole d’un malaise plus large, c’est celui d’une génération qui réclame des résultats concrets.
Le dossier Jirama est donc scruté avec attention. Les autorités dénoncent aujourd’hui des contrats jugés déséquilibrés avec certains producteurs privés et évoquent des mécanismes qui auraient lourdement fragilisé la compagnie nationale. La question centrale est donc simple, comment expliquer que l’État puisse payer alors que les consommateurs continuent de rester dans le noir ?
Récemment, une commission d’enquête parlementaire a été annoncée pour faire la lumière, s’il en existe encore sur le sujet. Elle devra distinguer les erreurs de gestion, les éventuelles failles contractuelles et les responsabilités individuelles. Mais cette bataille ne doit pas se limiter à désigner des coupables. La question énergétique exige aussi une vision à long terme. Madagascar ne pourra pas éternellement courir derrière les solutions d’urgence, louer des groupes électrogènes ou multiplier les arrangements temporaires.
Cela dit, l’ultimatum présidentiel peut être un signal fort. Encore faudra-t-il qu’il soit suivi d’effets. Car, à voir de près, la population ne demande pas seulement des discours fermes. Elle demande simplement une chose devenue presque extraordinaire : appuyer sur un interrupteur et voir la lumière s’allumer.
Rakoto




